Critique – Fiction

La fête est proche

Féérie générale, ou le rassemblement au milieu des ruines.

On vous aura présenté Féerie générale (Prix Médicis 2012) comme un livre atypique, éclaté, étrange, peut-être même aura-t-on émis quelques doutes sur la pertinence de le qualifier de roman. Le dernier ouvrage d’Emmanuelle Pireyre est pourtant un de ces rares textes en phase avec son temps, appréhendant avec entrain notre univers tel qu’il est, s’affairant, l’air de rien, à réenchanter le monde postmoderne. Et ce sont les autres livres qui nous semblent alors anachroniques, hors du coup.

Il faut dire que nous, les postmodernes, ne sommes pas toujours très à l’aise avec notre époque. Nous savons bien que tout est relatif, que nous ne pouvons plus compter sur nos anciens repères, mais pourtant nous aimerions, de temps à autre, discrètement, recourir à une bonne vieille généralisation grandiloquente, rassembler d’un bon coup de rhétorique toute une catégorie abstraite: un peuple, une culture, une langue, allez savoir. Mais nous nous retenons, parce que nous savons que nous est un mot complexe, difficile, sournois; que nous contient toujours, fatalement, bien des choses qui sont en dehors de nous, et même, dirait-on, des choses qui nous échappent.

Nous venons après une époque, le modernisme, qui ne nous a pas laissé grand-chose pour nous occuper. Aujourd’hui, plus de grandes guerres, plus de grands mouvements, plus de grands récits, plus de grandes controverses; seulement des conflits larvés, des addenda discrets, des fragments épars, de vagues remises en question qui ne mènent à rien. Nous savons bien pourtant qu’il n’était pas viable, ce modernisme tapageur d’où nous avons émergé de peine et de misère. Nous participons volontiers à ses commémorations, nous lui assurons d’un œil plein de sollicitude (il est facilement inquiet) que nous ne l’oublierons pas, qu’il aura droit aux honneurs. Mais dans le secret, nous nous disons parfois, ingrats, que nous en avons assez du modernisme, qu’il est temps de passer à autre chose.

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