Critique – Théâtre

Jouer à jouer

Au NoShow, le spectateur n’est jamais tranquille.

Au NoShow, il n’y a pas de rideau. Il y a de longues banquettes où l’on s’assoit cordés à l’Espace libre devant l’ordre du jour de «L’assemblée générale extraordinaire (AGE)». Il y a sept comédiens, mais ils ne joueront pas tous. Vous déterminerez vous-même le prix de votre entrée. Si vous n’avez pas été assez généreux, on vous le fera remarquer. On vous montrera comment ça marche, comment se font les calculs, on vous dira que le spectacle que vous regardez «pue le manque», qu’on fera la grève et qu’elle sera tournante. On vous dira qu’il faut choisir, que vous devez voter pour les comédiens que vous voulez voir jouer. Ils essaieront de vous séduire et de vous convaincre, ils seront en danger. Ils ne joueront peut-être plus de rôle. On vous montrera leur désarroi. Vous serez coupables.

Mettant en jeu la violence du système de subventions dans le milieu des arts et les conditions difficiles du métier de comédien, le spectacle dénonce la précarité du milieu théâtral québécois. Bien que le sujet ne soit pas tout à fait neuf, le NoShow propose une façon audacieuse de porter à la scène ces préoccupations, dans un dispositif qui oblige le spectateur à sortir de sa zone de confort; on le prend, de force, on lui tord le bras, on lui fait vivre cette précarité plutôt que de la lui montrer. Poussé à prendre conscience des responsabilités et des conséquences de son rôle, le spectateur est placé dans une posture toujours instable, plus active qu’à l’habitude. Même s’il accepte de jouer le jeu, de choisir le prix de son billet anonymement quitte à ne pas débourser un sou, même s’il obéit et utilise son téléphone cellulaire en pleine représentation pour voter, les comédiens lui demanderont des comptes… Dans la salle, quelqu’un se fera interpeller par un des acteurs à qui l’on a refusé la scène, un autre spectateur devra appeler un ami pour lui dire pourquoi il aime aller au théâtre, puis tous se déplaceront de la salle à la rue pour apprendre ce qu’un passant a «appris du théâtre», avant de prendre part à une joyeuse bataille de guimauves.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 307 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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