Blessures contre béton

Comment le dépaysement transforme le corps de l’immigré.

En sciant, je découvre les anneaux qui me dévoilent, de cercle en cercle, l’âge de notre de bois de chauffage. Aujourd’hui, l’arbre mort avait le mien. Je contemple le dernier cercle, juste sous l’écorce: je viens de terminer ma première année en Finlande ce mois-ci. Une première année sans mettre les pieds au Québec, à n’être qu’observateur distant et pensif sur la mezzanine, à faire des saluts sur Skype avec, au final, un sourire et une main qui se figent à l’écran.

Je suis allé au centre de santé du quartier pour mon bilan annuel: tout va bien, sinon cette blessure entre les omoplates, dans la zone où les mouvements du scieur et du rameur font travailler les mêmes muscles que ceux de l’universitaire qui se tend, en tournesol bossu, vers la lumière qu’émet son ordinateur portable dans l’obscurité sèche des Archives nationales.

Il y aussi ces quelques kilos en plus qui ont trouvé repos par-dessus mes muscles, malgré mon métabolisme paquet de nerfs: un an de poissons gras de Norvège et de corégones frits (le «finnish ‘n’ chips»), de pain noir, de fruits des champs et de lait fermenté accompagnés de quelques dérives douces à la bière légère ont certainement sculpté quelque chose en moi. Idem pour l’année de marche rapide dans cette ville où, par endroits, les bâtiments sont cachés par les arbres et les maisons ont l’air d’avoir été plantées à même la forêt. Tout ça finit par vous tailler. Je marchais pourtant déjà beaucoup à Montréal, où les arbres, par contre, sont plus ornementaux, et semblent trop souvent avoir été plantés ici et là pour mieux accompagner le béton.

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