Fiction

L’ombre

L’ombre marche à côté du mort c’est un soir de tempête j’ai du mal à retenir tout ce que je vois les joncs disparaissent un à un loin au loin je l’imagine bien   ma mémoire elle s’est un peu effacée dans les derniers jours il faudrait m’asseoir pour parrainer le kid que j’ai été   le ramener à s’allumer un peu les yeux   je me tiens sous l’arbre c’est vrai que je cherche le trouble qui fait le changement je le cherche le trouble mal souvent pas mal tout le temps il s’écarte les jours où la somme balaie son tout où elle retourne à demeure trop souvent vrai que j’agace vrai que je ne peux rester la tête baissée mais ce soir ça craint   c’est le seul arbre ici et je n’ai pas peur des éclairs qui pourraient poindre il pourront m’aider à apercevoir la direction du mort l’ombre me l’interdit c’est un calvaire qui va avec la pluie ça force la tête à rester basse les impossibles à régner dur   j’ai dans la poche un dernier feu un élan grave vrai que j’ai ça qui allume deux trois regards de temps à autre vrai que je trouve que c’est trop peu   la mort elle les journaux eux ils y arrivent à parler guide à dicter cours cet argent-là il se trompe jamais c’est la loi pas mal placée toujours en avant toujours devant depuis des lustres où je ne sais plus si c’était vrai et ma mémoire elle fait défaut j’avais trop de par cœur le par cœur me motivait il passait par mes tripes il me faisait parler il y avait du rythme kssssass le tonnerre me le rappelle c’est pas ennemis vieux tonnerre sale tu penses j’ai peur pas plus qu’avant pas plus qu’à c’t’heure   la mort elle elle frappe le flan de son grand couteau sur la terre molle elle prépare toujours avec impatience son appétit d’incomprise crasse mais fou délié j’ai décidé qu’elle était sur ma terre ici que ce soir ce serait possible de s’évader   vrai qu’après tout j’ai dessiné la courbe de ce mont mais l’idée de planter un seul arbre laisse l’air inquiet au paysage même au grand jour   quelle idée cave mais j’étais où et depuis combien de temps je parle comme ça comme un vieux qui se souvient c’est un scandale un soir de tempête comme celui-ci d’avoir une page à perdre pour être à table avec un seul arbre tu sais mon ami même pas que je me souviens mais ce que je voulais dire à propos du pouvoir de la monnaie oui ça coupe quand ça passe oui ça fait mal mais ce n’est pas en avant mon vieux krrrrrr ça va d’accord je termine c’est que tout le monde c’est foutu derrière ils elles la suivent tous parce qu’ils ont déjà commencé à le suivre le pouvoir facile et maintenant je parle à un arbre je deviens fou   au fond c’est un peu la peur si je lâche prise elle rampe c’est soir de tempête qui occulte tout et l’arbre au coin de mon œil disparaît c’est que je dois plisser les yeux la pluie elle a fini par passer à travers les branches avec ce vent aussi quel trouble j’en ai perdu le mort porté par cette ombre de la mort il y a depuis le soir qui d’ailleurs dure depuis longtemps par ici surtout que non   il y a l’absence de couleur depuis ce temps des il-était-une-fois bien délavés je ne vois plus pkkrr ces bruits si lourds si loin des prairies folles loin de leurs chiens qui m’avisaient jadis   je jure de n’avoir pas vieilli grande ourse cachée je jure de ne jamais m’endormir sauf m’endormir à jamais mais je veux les deux discours le pragmatique le radical surtout le radical qui a bien besoin d’un autre fou pour le convaincre de par la route même s’il est mort   merci pour le thé la terre merci pour la mer où est ce mort trop opportuniste que je l’attrape comme si je pouvais mais si je peux si je l’écris ça devient vrai le feu brûlerait ma main le feu qui se lance la page se calcinerait spontanément et je serais attaqué par la mort elle me trouverait moi seul sous l’arbre je ne dois pas être difficile à sentir et il s’agit que la pluie fasse couler la suie qui me cache pour que la suie elle se mette à être aussi odorante qu’on le dit de moi celui du grand incendie il est encore en fuite et le grand mort chasseur de prime ne l’a pas pris il suffit que l’ombre relève un peu ma trace fasse sentir au mort la glaise imbibée de suie et c’est bien connu partout c’est trop fréquent je serai traité de blanc qui se déguise il faut que je retienne ici là un mouvement un éclat de lune faible un sensible reflet d’un éclair lointain qui se déplace ça bouge ça bouge autour il me fait mordre mes dents l’ombre sale ombre il m’a dans ces fers ça mais oui il m’a vu cas faible cas ruine mille mille et un mille et deux quarante-huit cinquante-quatre trois deux un poème vite un poème le feu m’échappe et dans la vase mon papier s’éteint dans l’eau vois vite les mouvements arbre cache-moi tout cache-moi mets tes feuilles sur mes traces vite j’ai échappé le feu ma tête retombe je cherche le texte il faut le poème sur le papier il faut l’allumer maintenant je suis foutu la pluie mes yeux krirrr non mais on me pardonnera de n’avoir pu garder toujours la tête haute je serais devenu aveugle peut-être qu’à soir au filet mou se tire l’ennuie puis l’apostrophe du lendemain

dis-moi je me souviens l’arbre dis-moi je me souviens

dis-moi je me souviens du texte

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