Dossier

Le syndicalisme désemparé

Entretien avec Louis Roy

Le syndicalisme est-il devenu un gros mot? Longtemps fer de lance des luttes sociales, il ne serait maintenant qu’un simple agent de corporatisme. Liberté a rencontré Louis Roy, ancien président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui nous livre sa vision du combat syndical d’aujourd’hui.

D’un point de vue historique, les syndicats étaient d’abord une façon de s’outiller contre le capital. Est-ce que les premières luttes syndicales s’inscrivaient dans une logique de lutte des classes ou plutôt dans une logique de lutte pour la dignité?

Louis Roy — Il faut comprendre, en tout premier lieu, que l’arrivée du capitalisme a opéré une rupture importante dans la structure et l’organisation de la société. L’exploitation n’est bien sûr pas une invention capitaliste, mais, auparavant, des mécanismes de résolution de conflit, des espaces de discussions, bien qu’imparfaits, existaient entre les puissants et les démunis. Avec l’arrivée du capitalisme, ces mécanismes disparaissent, et, peu à peu, la bourgeoisie ne se heurte plus à aucune résistance dans son exploitation des ouvriers. Ça a évidemment créé une indignation populaire, et pas seulement chez les gens qui étaient exploités d’ailleurs, chez l’ensemble des petits commerçants aussi. Parmi tous ceux qui ne voulaient pas vivre dans le système capitaliste et qui le dénonçaient, on trouve des communistes, qui sont les premiers à avoir fondé des syndicats. Au Québec, c’est par contre une tout autre histoire, car c’est l’Église catholique, beaucoup plus que le communisme, qui est responsable du développement du syndicalisme. Avec l’encyclique Rerum Novarum de 1891, l’Église a inauguré sa doctrine sociale. L’Église catholique s’est donc mise à soutenir l’organisation de travailleurs dans les usines, pas tant pour qu’ils contestent l’ordre établi, mais bien pour rééquilibrer le nouveau rapport de force économique, qui n’était plus en sa faveur. En se rangeant du côté des travailleurs, tout en restant au-dessus d’eux, l’Église se redonnait un certain pouvoir. C’est donc cette doctrine-là qui est active au Québec. Ce n’est pas pour rien que la csn est restée officiellement catholique jusqu’en 1967. Cela ne veut pas dire que les syndicats d’obédience communiste étaient inexistants, mais ils étaient minoritaires.

Peut-on dire que, jusque dans les années quatre-vingt-dix, les syndicats visaient non seulement le bien-être des travailleurs, mais avaient également une vision sociale?

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 302 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!