Critique – Littérature

La spécificité québécoise

On aborde le recueil Mythologies québécoises avec appréhension. Quiconque cherche à définir la culture québécoise sait qu’il marche sur un terrain glissant. Sarah-Louise Pelletier-Morin, qui dit «être née entre le débat constitutionnel [lequel?] et le référendum de 1995 sur l’indépendance du Québec», a eu l’idée de s’inspirer des Mythologies de Roland Barthes (1957) pour «étudier la société québécoise par le biais de ses mythes». Et pour ce faire, «[il] fallait, poursuit-elle, emprunter la voie tracée par Barthes», car comment «ne pas fantasmer de produire un tel ouvrage sur le Québec?» Mais par où commencer? Les Mythologies de Barthes sont parvenues à dresser un portrait de la société française pré-soixante-huitarde. Par la voix de l’essayiste, des objets, des pubs, des habitudes du quotidien ont été élevés au rang de mythes décrivant une société habituée à se définir en termes de classes et de privilèges.

Jouons le jeu: soixante-quatre ans plus tard, on propose à une brochette d’écrivain·es québécois·es un exercice semblable à celui mené par Barthes. L’ouvrage a le mérite de piquer notre curiosité. Par quel écrivain et par quel mythe québécois cet essai collectif débutera-t-il, alors qu’on nous avise d’entrée de jeu qu’on évitera les clichés tenaces, comme le hockey, l’hiver, le passé catholique?

C’est donc avec un peu d’étonnement qu’on lit «La ceinture fléchée», texte signé par Biz, qui réfléchit à ce symbole indissociable du folklore québécois. Dès les premières lignes sur cet objet qui «incarne l’étoffe d’un petit pays nordique réputé pour sa joie de vivre», on se trouve face à une comparaison européenne, car ce tissu «n’est pas issu du génie technologique comme la BMW allemande ni d’un savoir-faire exclusif comme le champagne français». On se demande alors, à bon escient: à qui ce livre s’adresse-t-il? Et cette question se pose à nouveau quelques lignes plus loin quand Biz nous explique qui sont les Loco Locass et comment son groupe a su remettre au goût du jour cette étoffe trop longtemps associée au discours xénophobe des pures laines. On peut faire la même observation dans le texte de Martine Delvaux, qui s’attaque au mythe des «Québécoises» – pareil intitulé aurait mérité plus de précision, car il vise à déboulonner le mythe de la société matriarcale québécoise. Delvaux écrit: «Ainsi aime-t-on croire dans la Belle Province que c’est tous les jours celui de la femme.» La Belle Province? Qui utilise encore cette expression si ce n’est nos cousins français? Encore une fois, l’on se demande à qui s’adressent ces Mythologies québécoises.

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