Comment continuer?

Code bleu!

Si seulement on écoutait les soignantes… Chronique de l’immobilisme et de la régression dans le réseau de la santé.

Depuis près de deux ans, les infirmières et toutes nos collègues soignantes, préposées aux bénéficiaires, sages-femmes, travailleuses sociales, etc. se démènent au front pour essayer de faire face à une pandémie d’une envergure qu’aucune de nous n’avait connue auparavant. Comme toute bonne crise, la pandémie a exacerbé les problèmes qui minaient déjà l’exercice de notre profession. Le recours abusif au «temps supplémentaire obligatoire» (que tout le monde connaît maintenant par son acronyme, le TSO), le manque d’équipement, l’indifférence devant les risques auxquels nous sommes exposées, notre sacrifice, que l’on tient pour acquis – tous ces enjeux nous ont explosé au visage.

Il faut rappeler que le manque d’équipement n’était pas nouveau. Déjà en 2018, une collecte de fonds avait été organisée par des infirmières de l’Hôtel-Dieu de Québec pour financer l’acquisition d’appareils de mesure des signes vitaux des patients. À l’époque, les représentants de l’hôpital affirmaient que, selon leurs savants calculs, l’équipement disponible était suffisant. Mais les infirmières savaient bien qu’en pratique, c’était faux. Faute d’une réponse adéquate de la part de leur employeur, elles ont dû amasser elles-mêmes les 20 000$ nécessaires à l’achat des nouveaux appareils. Cela avait fait la une des journaux. Dans les médias, les infirmières déploraient haut et fort qu’on en soit rendus là.

Dans un esprit similaire, il n’est pas rare que le personnel soignant, surtout en CHSLD, doive se tourner vers des réseaux de soutien informels pour se procurer de l’équipement de protection individuelle (EPI) adéquat. J’en ai moi-même fait l’expérience lorsqu’au début de la pandémie, des collègues dentistes ont dû nous apporter, en CHSLD, des blouses et des masques de leurs propres cabinets. Le CIUSSS pour lequel je travaillais alors (comme tous les autres d’ailleurs) semblait préférer accumuler l’EPI dans ses hôpitaux, même si, à ce moment, il n’y avait pratiquement pas de cas de covid-19 dans les établissements hospitaliers. Ce n’est que lorsque des médecins spécialistes se sont joints à notre équipe que les stocks d’EPI ont été renfloués, comme par magie. Nous savions tous et toutes que lorsque nous manquions d’EPI, il fallait, pour en recevoir d’autre, envoyer un collègue médecin en faire la demande, pas une infirmière ou une préposée.

Natalie Stake-Doucet, infirmière, Ph. D., est porte-parole de l’Association québécoise des infirmières et infirmiers. Elle travaille sur le terrain depuis le début de la pandémie, en CHSLD, en vaccination et en dépistage, tout en continuant d’enseigner en sciences infirmières.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 334 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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