Comment continuer?

La grève est étudiante, la lutte est populaire

L’apprentissage de la lutte est peut-être le legs le plus important de la grève étudiante de 2012.

1er mars 2021, 5 heures du matin, 2 degrés Celsius, une pluie glaciale tombe sur l’asphalte noir dans les rues de la ville. J’arrive dans le stationnement du flambant neuf Complexe sportif de Saint-Laurent. Les jeunes membres du Syndicat des travailleuses et des travailleurs des centres aquatiques du Québec-CSN ont adopté un mandat de grève. Ce sera leur première expérience de grève syndicale. Il fait encore nuit, il fait froid. Alors que je sors de ma voiture, un superviseur est déjà en train d’intimider une jeune militante. J’interviens rapidement. La vaste majorité des membres du syndicat ont entre seize et vingt-cinq ans et n’ont absolument aucune expérience syndicale ou militante. À mon arrivée ce matin-là, je ne connais personne. J’ai eu l’occasion d’adresser quelques mots aux membres du syndicat lors de l’assemblée générale de grève, qui s’est déroulée par vidéoconférence, une semaine auparavant, mais c’est tout.

Je passerai plusieurs jours à leurs côtés, sur le trottoir, devant la porte du Complexe. Plusieurs jours au cours desquels nous aurons à affronter directement l’employeur, à résister à l’intimidation des agents de sécurité embauchés spécialement pour l’occasion et aux visites régulières des forces policières. L’employeur tentera, sans succès, de nous déloger par voie de mise en demeure. Le piquet de grève sera maintenu, l’utilisation de briseurs de grève sera dénoncée auprès du ministère du Travail et nous resterons ensemble dehors dans la slush et le froid de fin d’hiver pour assurer à ces jeunes travailleuses et travailleurs des conditions de travail décentes. En ce mois de mars 2021, j’ai appuyé les jeunes syndiqué·es dans leur lutte, comme presque dix ans auparavant d’autres m’ont aidée à mener la mienne.

Les lignes de piquetage sont des lieux privilégiés de construction de la solidarité, mais également des espaces d’éducation syndicale et militante hors du commun. Et ça, je l’ai appris au printemps 2012.

Cloé Zawadzki-Turcotte est conseillère syndicale à la CSN. Elle était étudiante en science politique et membre des comités de formation et de mobilisation de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante lors de la grève étudiante de 2012.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 334 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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