Sémantique caquiste (un texte vaguement censuré)

Avec humour (noir) et acuité, Dalie Giroux nous fait passer d’une rive à l’autre, peu importe les intempéries et les débâcles du monde.

Cette fidélité à une histoire ou un patrimoine culturels instaure un régime de terreur où, dès que quelqu’un prend la parole, celui-ci devient suspect du pire et vit sous la menace de sa propre trahison…

— Catherine Mavrikakis

«De son propre chef, François Legault en a donné sa définition jeudi, affirmant que le mot [woke] désignait les personnes qui veulent “nous faire sentir coupables de défendre la nation québécoise”.»

On en est donc là, au carrefour de la paranoïa collective et de la défense nationale, et, contrairement à celui qui donne des définitions «de son propre chef», par «on», je veux dire n’importe qui et tout le monde. Les citoyen·nes du Québec sont cordé·es serré dans l’autobus à deux étages du «nous» (la souche en haut, les autres en bas), et trimbalé·es sous les cris de ralliement les plus tautologiques jusqu’aux abords des régions marécageuses de l’histoire contemporaine. «C’est comme ça qu’on vit, au Québec!» Autobus du «nous» qui, pour mémoire, a été mis sur les routes de la Belle Province par la première-femme-première-ministre, qui avait été déguisée pour l’élection de 2014 en petite madame Le Pen, une idée de son conseiller Monsieur l’éminent sociologue de l’UQAM, institution sulfureuse s’il en est, et père spirituel de la nouvelle coqueluche du Fox News version gauloise.

Il s’agissait alors pour le Parti québécois de ne pas se faire tirer de sous les pieds le tapis du pouvoir par un fils de cultivateur de Rivière-du-Loup, aujourd’hui membre patché de la bande à Péladeau, mais dans un autre genre que celui de sa télévisuelle épouse. Car Super Mario est, à n’en point douter, comme les plus vigoureux chroniqueurs de Québecor, un homme blanc hétérosexuel que la descendance bisexuelle de Superman insécurise au point d’en appeler à la mobilisation immédiate des puissances mâles de la race pour défendre les vénérables remparts du patriarcat. On serait tenté de dire qu’il n’y a pas que les environnementalistes qui «braillent» aux portes du cabinet du premier ministre, mais tout bon patriote sait que les vrais hommes ne pleurent pas.

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