Dossier

Clandestins hashtag migrants

Du clam latin à L’Écho d’Alger, histoire d’un mot devenu le lieu de tous les amalgames.

Le jeudi 29 juillet 2021, Marine Le Pen, publiant sur Twitter une courte vidéo montrant des tentes Décathlon dépliées au soleil de la place des Vosges, au cœur du Marais, écrit en exergue: «Installation de clandestins place des Vosges à Paris: ça va durer longtemps, ce cirque? Quel État digne de ce nom peut accepter qu’on piétine ses lois sans réagir?», signé MLP, hashtag migrants.

Le lien entre clandestin, migrant et illégalité ne semble plus avoir besoin de justification: l’un est l’autre, les trois font un. Et pourtant, «clandestins» et «migrants» sont-ils synonymes? Définissent-ils les mêmes sujets, les mêmes statuts? Piétinent-ils vraiment les (mêmes) lois? En réalité, cette équivalence «une et indivisible» est le fruit d’un travail pluricentenaire de construction politique, raciale, géographique et lexicale. On se concentrera ici sur le premier élément – le «clandestin» – de cette nouvelle trinité de la méfiance, qui vise à enfermer l’autre sur de lointains rivages et en même temps à en faire une menace constante chez soi.

«Clandestin», donc. Mot neuf, mot ancien, vieux mot, mot facile, mot trop facile, mauvais mot. Mot-nom, au singulier et au collectif, mot pour elle, pour lui et pour les autres, mot réductif et généralisant, mot autre, mot noir. Mot pas blanc. Au fil de son histoire, «clandestin» a fait l’objet d’une double transformation, à la fois syntactique et sémantique: d’adjectif, il est devenu nom et, à son premier sens, «caché», s’est ajouté un deuxième, «illégal», qu’on pourrait aujourd’hui désigner comme son sens dominant.

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