Entretien

Priscilla Guy et Sébastien Provencher

Marsoui, capitale gaspésienne de la danse

Sur le bord du fleuve, le festival FURIES approche l’art de manière contextuelle et décomplexée. Nous avons rencontré deux de ses principaux animateurs.

La municipalité de Marsoui, en Haute-Gaspésie, compte moins de trois cents habitant·es. Si la vie de la région s’articulait traditionnellement autour de la pêche et des activités forestières, de nouvelles initiatives y font leur chemin, misant sur les potentialités d’un vaste territoire et d’une population réputée pour son accueil. En 2018, bien avant la pandémie qui a précipité l’exode de nombreux·euses artistes hors de la ville, la chercheuse, commissaire et chorégraphe Priscilla Guy s’est établie dans la région pour y fonder, dans sa maison privée, Salon58. Lieu de création et de résidence installé au bord de la rivière Marsoui, ce petit espace culturel est assez grand pour accueillir des artistes et recevoir un public, dans un salon devenu salle de spectacle pour le voisinage.

Musique, danse, cinéma, arts visuels, soirées de lecture: depuis trois ans, une cinquantaine d’artistes de partout au Québec ou d’ailleurs y ont séjourné dans le cadre de résidences de création d’une dizaine de jours, clôturées par une soirée de partage et de rencontre destinée à la communauté locale. Bien souvent, les convives se retrouvent ensuite autour du feu, à la belle étoile, pour prendre un verre et échanger librement. Les poètes et performeuses Marjolaine Beauchamp et Natasha Kanapé Fontaine, l’auteur-compositeur-interprète Philémon Cimon, la chorégraphe Dana Michel, l’écrivaine Vanessa Bell y ont notamment résidé…

Depuis 2019, Salon58 est aussi le quartier général du festival de danse contemporaine FURIES. L’événement fait le pari que la danse contemporaine et expérimentale, lorsqu’abordée dans un contexte hospitalier, peut s’adresser à tous·tes. Il s’agit d’une initiative de décentralisation de la culture qui contribue à l’émancipation de la région sur le plan culturel autant qu’à l’émancipation de la discipline artistique, souvent cantonnée à des lieux de diffusion institutionnels et spécialisés. En juillet dernier, des artistes venu·es de plusieurs régions du Québec et du Canada ont pu offrir leur création aux Marsois·es, ainsi qu’aux vacancier·ères. À titre d’exemple, la danseuse et chorégraphe Deanna Peters a conduit depuis Vancouver pour venir présenter, avec sa collègue Emma-Kate Guimond, le projet Charégraphie, une chorégraphie pour voitures qui s’inspire du paysage, présentée dans un immense pit de sable. Voilà le genre de projet singulier repéré par l’équipe de FURIES. En marge de la deuxième édition du festival, Liberté s’est entretenue avec Priscilla Guy et Sébastien Provencher, danseur, chorégraphe et codirecteur artistique du festival. Complices dans la création, les deux ami·es partagent une approche de la danse inclusive et décloisonnée, où les idées politiques et les expérimentations formelles se contaminent et s’enrichissent. Iels ont signé la dernière édition d’un festival invitant et exigeant, qui s’ajoute discrètement aux incontournables estivaux qui illuminent les régions et font faire du kilométrage aux festivalier·ères des grands centres.

Comment avez-vous eu l’idée de fonder un festival de danse contemporaine en Gaspésie?

Priscilla Guy — L’idée est venue d’abord du fait que j’avais un lieu, Salon58, que j’ai cofondé avec le musicien Benoit Paradis. En achetant une maison à Marsoui, c’était déjà un objectif qu’elle puisse être un espace de résidence où l’on accueille des artistes. C’est ce qu’on a fait dès le début en organisant des soirées, à la fin des résidences, en rencontrant le public local. L’idée du festival s’est dessinée naturellement tant les gens étaient affamés de culture. En Haute-Gaspésie, la situation est un peu différente de celle du Bas-Saint-Laurent ou de la Baie-des-Chaleurs, chaque région de l’est du Québec ayant ses particularités. Ici, la culture n’est pas nécessairement l’aspect le plus développé, alors qu’on a beaucoup d’initiatives de «Gaspésie gourmande», de microbrasseries, de plein air – la MRC mise beaucoup là-dessus. Mais quand on parle avec les citoyen·nes, les gens qui vivent ici, iels ont envie d’avoir plus d’occasions culturelles, qu’il s’agisse de spectacles ou d’événements d’autres types.

Jessie Mill est membre du comité de rédaction de Liberté et codirectrice artistique du Festival TransAmériques.

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