Lettre à mes amies qui doutent

La journaliste et traductrice Véronique Dassas observe l’Italie, où elle vit, et renvoie à Montréal, où elle a longtemps vécu, un écho à la fois personnel et politique.

On doit toujours espérer quand on est désespéré, et douter quand on espère.

— Gustave Flaubert

C’est bien la première fois de notre vie ensemble que nous n’osons plus discuter. Vous vous méfiez du vaccin miracle de nos gouvernements affolés, vous vous méfiez du passeport vaccinal et du contrôle généralisé, vous vous méfiez de la science et de la médecine occidentales, qui d’ailleurs jamais ne vous ont paru très dignes de confiance. Votre voix et vos doutes, dites-vous, ne trouvent pas d’écho dans le concert de certitudes qui vous entoure et auquel, en conscience, vous ne pouvez plus assister en silence.

Vous vous sentez seules, entourées de moutons vaccinés et contents, indifférents au flicage et aux injonctions, aux nudges et autres finasseries orwelliennes. Et voilà que vos amies, avec qui, hier encore, vous pensiez être sur la même longueur d’onde, ont été converties par on ne sait quel Merlin en gobeuses de bobards concoctés par les technocrates, en imbéciles à plat ventre devant des escadrons entiers de virologues en rang par quatre, shootées à l’acide ribonucléique messager. Vous ne formulez pas tout à fait les choses en ces termes. C’est moi qui force le trait pour vous donner une idée de la perception que j’ai parfois de moi-même, moi qui suis convaincue que le vaccin est indispensable à certaines conditions et qui ne vois guère dans le passeport vaccinal qu’une demi-mesure un peu frileuse, un chantage enfantin pour pousser les gens à se faire vacciner.

Vos amies ont commencé par ne plus entendre vos réserves, et vous avez lu sur leurs visages une sorte d’incrédulité narquoise, puis elles ont fini, au mieux, par éviter les sujets qui fâchent et, au pire, par vous éviter, vous. Faut croire qu’à force d’être d’accord sur tout avant même d’ouvrir la bouche, à force de vivre dans le même milieu depuis des années, dans le même bouillon de culture, dans des cercles sans voix dissonantes, on finit par ne plus savoir du tout quoi faire de la dissension interne. Comme au meilleur temps des partis communistes.

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