Dossier

Vieillesse et inégalité de genres

Précaire, aidante et solidaire, portrait de la femme âgée au XXIe siècle.

Le moment où commence la vieillesse est mal défini, il varie selon les époques et les lieux.

— Simone de Beauvoir, La vieillesse

Comme le souligne Simone de Beauvoir, la vieillesse est loin de représenter une réalité clairement définie. La philosophe en parle comme d’un phénomène complexe combinant des éléments biologiques, psychologiques et sociaux, et, dans La vieillesse, la décrit comme «l’aboutissement et le prolongement d’un processus». Au Québec, la plupart des recherches portant sur les femmes âgées situent la frontière à soixante-cinq ans et le grand âge, à partir de quatre-vingts ans. Elles montrent aussi les continuités qui s’établissent entre la vie antérieure et la vieillesse.

Or les femmes qui ont aujourd’hui plus de soixante-cinq ans font partie d’une cohorte démographique dont la vie a été bouleversée par les effets des luttes féministes. En moyenne, elles sont plus scolarisées que leurs prédécesseures, puisque la réforme de l’éducation des années 1960 a permis à nombre d’entre elles d’accéder à des études secondaires et postsecondaires. Elles ont, en général, eu moins d’enfants que leurs mères du fait de la généralisation de l’accès à la contraception et à l’avortement. Leur vie conjugale a été moins linéaire que celle des femmes de la génération précédente, puisque les séparations et les divorces sont devenus plus courants. Elles sont également plus nombreuses à avoir exercé un emploi rémunéré durant leur vie adulte, les congés de maternité et les services de garde ayant rendu possible, pour certaines, une trajectoire d’emploi continue. Elles ont eu un plus grand accès à des soins de santé grâce à l’établissement du régime public d’assurance maladie, et elles ont souvent un réseau social plus diversifié. Certes, tous ces gains, issus des luttes passées, ont permis à ces femmes de mener une meilleure vie que leurs mères, mais les moyennes statistiques cachent des parcours de vie extrêmement différenciés et il faudrait se garder de généraliser.

D’ailleurs, si j’avais écrit cet article il y a une dizaine d’années, j’aurais probablement caractérisé la situation des femmes âgées en abordant les problèmes d’isolement et de pauvreté. Ces deux phénomènes sont encore très présents, bien que la réalité des femmes âgées soit plus diversifiée, à l’image des changements opérés dans la société québécoise ces cinquante dernières années; cette pluralisation est liée, on l’a dit, aux luttes féministes.

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