Dossier

Les années climatériques

La ménopause est un moment exceptionnel dans la vie d’une femme.

«Ah non! Elle va parler de muqueuses et de crise de nerfs. Il va y avoir du sang, de la bile. La ménopause? Mais quel sujet de marde!» Quand l’équipe de Liberté s’est mise à la recherche d’œuvres sur le sujet, tout le monde a fui. À la fin, il n’est resté que moi, hésitant sur le bord de l’écran. Personne ne veut parler de ce supplice, cette contre-hystérie, plus ridicule, plus monstrueux encore que le vieillissement: le vieillissement féminin.

Apparemment, nous ne sommes pas complètement guéri·es de l’héritage christiano-patriarcal qui alimente le dégoût pour le corps en général et celui des femmes, toujours, surtout. Même aujourd’hui, sans être complètement tabou, ce qui entoure la ménopause, comme les règles, reste discret. Nous avons déjà beaucoup de travail à faire pour représenter les femmes autrement que jeunes et désirées; les montrer avec un métabolisme ralentissant, un corps incertain, en sueur, voilà un projet qui vous fera enfin bannir des pages potin, carrière et art de vivre, si vos tendances littéraires ne vous ont pas déjà marginalisée pour de bon.

Mais le tabou s’ancre dans une peur puissante. Avec la ménopausée, on entre malgré nous dans la symbolique de la sorcière: la femme inquiétante de notre tradition, inquiétante parce que son corps veut échapper (au regard et) au contrôle des hommes, parce qu’on lui imagine des désirs qui n’ont d’autre origine qu’elle-même, et qu’elle existe en-dehors de la fonction maternelle attribuée aux femmes dans la tradition patriarcale. Les sorcières ont toujours été un peu vieilles, un peu queer. Ce qui les distingue surtout des fées, c’est qu’elles limitent la fertilité. On comprend qu’à une autre époque, les curés voyaient la ménopause comme une déchéance au mieux, et plus probablement comme un pacte avec le diable. (La menace sur la fertilité était d’ailleurs LA grande obsession du duo tragique du Malleus maleficarum, une peur si grande qu’elle justifia la chasse aux sorcières.)

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