Dossier

Rétro, les classes sociales?

Elvis, comme le veut une certaine légende, n’est pas mort. Au pire-aller, il aurait de nos jours une drôle d’odeur. C’est d’ailleurs un point qu’il aurait en commun, selon certains, avec les classes sociales. Mais si le dessin d’une société découpée entre prolétaires et bourgeois peut paraître aujourd’hui obsolète, il est peut-être prématuré, si ce n’est trompeur, d’affirmer que les tensions et la violence qui caractérisaient les rapports de classes au dix­neuvième siècle ne sont plus que des reliques du passé. Quant à la classe moyenne, la seule que l’on ose encore considérer comme une classe et nommer ainsi, elle semble désormais contenir en son sein pratiquement tout et son contraire. C’est sans doute pourquoi on ne se prive pas d’annoncer, à plus ou moins long terme, son éventuelle disparition.

Ce n’est d’ailleurs pas le fourre-tout de la société civile qui nous aidera à nous y retrouver, puisqu’on y met dans le même panier Paul Desmarais et un travailleur saisonnier de Matane, un chargé de cours et Guy Laliberté. Le raccourci semble d’ailleurs la meilleure façon de nous conforter dans l’idée que tous, en démocratie, s’avèrent aussi libres qu’égaux et peuvent, à volonté, dès qu’une chose les tracasse, apostropher, en le tutoyant, le pouvoir.

À cela s’ajoute, sans doute, la difficulté toute contemporaine que nous avons à imaginer que quoi que ce soit puisse nous conditionner d’une manière ou d’une autre. Nous avons en effet la suffisance de croire que nos envies, nos idées, notre conception des choses sont pleinement souveraines et qu’elles prennent véritablement naissance aux tréfonds de notre être. En tant que sujets extraordinairement autonomes, rien de ce qui grouille ou grenouille autour n’arriverait à percoler en nous, puisque notre mode de vie, c’est l’évidence même, est la pleine cristallisation de notre inébranlable unicité. Comment l’idée que nous soyons modelés par notre condition de classe, si ce n’est aliénés par celle-ci, ne pourrait-elle pas nous paraître grotesque?

Les notions de classes et de lutte des classes peuvent-elles encore nous aider à comprendre les enjeux politiques et esthétiques auxquels nous faisons face, à la fois comme groupe et comme individus? C’est ce que nous avons tenté d’explorer dans ce dossier.

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