Qu’est-ce qu’on en fait?

La journaliste et traductrice Véronique Dassas observe l’Italie, où elle vit, et renvoie à Montréal, où elle a longtemps vécu, un écho à la fois personnel et politique.

Voilà l’homme tout entier, s’en prenant à sa chaussure alors que c’est son pied le coupable.

— Samuel Beckett, En attendant Godot

Certains usages qui nous sont propres, considérés par un observateur relevant d’une société différente, lui apparaîtraient de même nature que cette anthropophagie qui nous semble étrangère à la notion de civilisation. Je pense à nos coutumes judiciaires et pénitentiaires.

— Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques

L’âge venant, j’essaie parfois de calmer les bouffées de gauchisme infantile qui me hantent encore, mais, heureusement, au risque de ressembler à quelque chose comme un rockeur arthritique, je n’y parviens pas toujours. Rarement en tout cas quand il s’agit de la justice. Critiquer l’État et ses institutions, condamner la justice sommaire des dictatures de droite et de gauche, honnir le système carcéral des pays dits libres et démocratiques, et défendre jusqu’au bout les peines légères et les remises, ce fut au cœur du siècle dernier le passe-temps plus ou moins assidu de toute une génération occidentale plus ou moins de gauche. Quand on a trempé dans cette sauce, on ne s’en sort pas facilement.

Mais si je suis sincère jusqu’au bout, il y a quand même quelque chose qui me fascine dans les salles d’audience: la mise en scène, les effets de manche, les tirades, les poses, l’importance des coulisses. Un mélange de salle de théâtre et de place du marché. Mascarades et marchandages. Palabres et mégotages.

Le spectacle pourrait parfois même être enthousiasmant tant il joue sur l’intelligence, la mauvaise foi, la ruse, l’émotion; tant les tentatives de manipulation des esprits, accusation et défense confondues, peuvent être habiles. Mais ce serait tellement plus intéressant si le rideau tombait avant la sentence. Les délibérations pourraient être passionnantes si on laissait les conclusions en suspens.

Or, comme le dit Jung, il est difficile de penser, c’est pour cela qu’on se contente généralement de juger. Il est difficile de penser surtout parce que chacun pense à sa façon et a une propension congénitale à estimer que c’est la bonne… ce qui permet les échanges animés dans les parlements, les cafés, sur Facebook…

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