Entretien

Fabien Cloutier

Voyage dans un Québec qu’on ne veut pas voir

Dramaturge, auteur de Scotstown, de Cranbourne et de Billy (les jours de hurlement), Fabien Cloutier interroge avec une sidérante brutalité une société béatement satisfaite d’elle-même.

Paul Lefebvre — Tu mets en scène, dans tes monologues et dans ton théâtre, des personnages appartenant à des classes sociales qu’on ne voit plus sur scène. Ils vivent hors des grands centres urbains, ils sont du milieu ouvrier, ou rural, pratiquent des petits métiers… Peux-tu me parler de ton apprentissage du théâtre et de la façon dont tes origines ont influencé ton parcours?

Fabien Cloutier — Je suis un fils d’ouvrier, né à Sainte­Marie, en Beauce, en 1975. Ma mère était couturière et mon père travaillait dans une usine de confitures. Je n’ai pas eu, enfant ou adolescent, de grands contacts avec la culture, pour la simple raison que la culture ne se rendait pas trop dans les campagnes québécoises à l’époque. Elle ne s’y rend d’ailleurs pas tellement plus aujourd’hui. Il y a bien quelques tournées, mais ce n’est pas suffisant. Le théâtre est quand même arrivé très tôt dans ma vie. Je me souviens qu’à la maternelle, il y a eu un jour où il fallait, pour une activité, choisir un personnage. J’ai alors senti que je faisais quelque chose où je m’éclatais particulièrement. Mais que ce soit au primaire ou au secondaire, jamais je n’ai pensé en faire un métier. C’est arrivé au Cégep Garneau.

PL — En quoi étudiais-tu?

Les sciences humaines, pas de maths. Je n’avais pas trop d’idées de ce que j’allais faire. C’est en voyant une annonce de l’École nationale de théâtre que j’ai réalisé que le théâtre, ça s’apprenait. J’ai fait une première audition, mais à côté de tous ceux qui arrivaient préparés, coachés, j’étais un ovni. Je me souviens de la réaction sympathique d’André Brassard, souriant, qui m’a dit que j’étais jeune et que je devrais tenter ma chance plus tard. L’année d’après, j’ai fait une audition plus coachée et j’ai été accepté à Lionel-Groulx, d’où j’ai été renvoyé à la fin de ma première année…

Il y a eu une autre année de pause, j’ai travaillé avec une coach et je suis entré au Conservatoire de Québec. J’avais trouvé mon école et des enseignants qui m’ont aidé à aller chercher ce que j’avais à dire.

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