Critique – Cinéma

Machine infernale

La bande-annonce de Promising Young Woman semble promettre un film libérateur, un récit de vengeance exaltant, réjouissant de justice. Elle est construite pour nous faire croire à une histoire de femme fâchée qui attaque les hommes, qui leur fait comprendre la peur. Mais Promising Young Woman est surtout un film profondément triste. C’est en fait une tragédie, au sens classique du terme, où la machine infernale a déjà décidé de l’issue de l’histoire avant même que le récit commence.

Malheureux marketing, oui, mais le film, pourtant, pense avant tout aux survivantes de violences sexuelles: le sujet est évident dès le début, la caméra est pudique et ne s’attarde jamais sur les femmes vulnérables. Pas de déclencheurs malgré la dureté. Le mot n’est jamais dit, pas par crainte ni par volonté de le dédramatiser, mais comme on ne prononce pas ce qui nous traumatise. Celles qui comprennent comprendront. Le choix de décaler le point de vue d’un degré permet également de traiter du sujet de façon aussi proche tout en prenant un pas de recul.

Promising Young Woman raconte l’histoire de Cassie, jeune femme abîmée, immobile dans sa vie sociale, familiale, professionnelle parce qu’elle est trop occupée à essayer de réparer ce qui est brisé. Sa blessure, c’est ce qui est arrivé à son amie Nina, que personne n’a crue et dont le violeur a été soutenu par tous et toutes. Mais c’est aussi cette société qui ne fonctionne pas et qui protège les hommes en détruisant les femmes. Sa façon de réparer, c’est d’aller dans des bars, de faire semblant d’être très, très saoule, de se faire ramener par de gentils garçons qui finissent immanquablement par essayer de l’agresser. Elle les remet alors à leur place, miraculeusement sobre, magnifiquement menaçante. Elle leur rappelle qui ils sont, tous: des agresseurs, des violeurs en puissance, qui traquent patiemment, la conscience tranquille, leur prochaine victime. Un jour, par hasard, elle retrouve un ancien camarade de classe qui lui rappelle l’existence de celui qui a causé son malheur, et c’est elle qui commence la traque.

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