Critique – Cinéma

Images rescapées

Que sait-on de l’Afghanistan? On ne connaît généralement que les grandes lignes de son histoire récente, marquée par une terrible succession de conflits armés, qui sont venus balayer le souvenir du pays libre ayant autrefois existé. Avant l’invasion soviétique du 24 décembre 1979 et la première décennie de guerre qui en découlera; avant la prise de Kaboul par les talibans, le 27 septembre 1996; avant le 11 septembre 2001 et l’amorce, moins d’un mois plus tard, de l’offensive menée par les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni contre leur régime; avant le début d’un conflit armé qui se poursuit à ce jour, malgré le retrait progressif des troupes américaines depuis 2014.

Par-delà la souffrance humaine et les dommages quantifiables qu’elle engendre, l’effet le plus pervers de la guerre est peut-être l’effacement de l’idée même que quelque chose ait pu la précéder – de sorte qu’il n’existe plus qu’elle. La guerre colonise l’imaginaire. Mais une culture, un pays, ne saura jamais se résumer à une suite de dates marquantes et d’événements traumatiques. C’est aussi de cela que peut témoigner le cinéma. Encore faut-il qu’il survive à la violence, car la guerre ne fait pas que des victimes humaines. Elle ravage aussi les monuments et saccage les archives.

Dans The Forbidden Reel, du cinéaste canadien d’origine afghane Ariel Nasr, chaque bout de pellicule conservé est comme un lambeau de mémoire préservé. Voici un film dont le sujet même est la capacité du cinéma à sauvegarder le monde de sa propre dévastation. Mais il s’agit aussi d’une réflexion sur la fragilité du cinéma, pour la simple et bonne raison que le film repose sur un miracle. Toutes les images qu’il nous donne à voir sont en effet des images rescapées. Si elles existent aujourd’hui, c’est qu’elles ont survécu à leur destruction planifiée. Voilà d’ailleurs pourquoi leur simplicité nous bouleverse tant.

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