Critique – Littérature

La ménopause, au-delà du biologique

Hippocrate, père de tous les médecins, expliquait avec un sens du récit anatomique qui laisse aujourd’hui songeur les troubles liés à la cessation des menstrues: «chez la femme déjà âgée, l’utérus remonte car il n’est plus alourdi par la purgation lochiale. La matrice desséchée devient plus légère et se déplace. Alors commence la course folle de l’utérus à la poursuite du fluide qui lui fait défaut. Il se jette d’abord sur le foie». S’ensuit un cortège d’affections dont on retrouve, dans un traité des maladies des femmes datant de 1563, une description propre à glacer le sang: «à partir du moment où les menstruations s’arrêtent, apparaissent douleurs, abcès, troubles de la vue, vomissements, fièvre; […] rapidement un sentiment d’oppression au niveau de la poitrine, des évanouissements et essoufflements, des hoquets et autres fâcheux incidents surviennent, dont la femme peut parfois mourir».

En évoquant ces manières anciennes de décrire la fin de la période reproductive des femmes, Cécile Charlap, professeure de sociologie à l’Université Toulouse II-Jean Jaurès, n’entend pas se gausser des conceptions du corps que la médecine des siècles passés a véhiculées, mais plutôt relativiser celles qui prévalent aujourd’hui en les replaçant dans les discours historique, médical et médiatique qui en ont construit le sens. Avec ce détour par l’histoire, mais aussi par l’anthropologie, l’auteure montre que la ménopause est un concept chargé de significations qui ont varié au fil du temps et des cultures et qui en modèlent encore l’expérience et les représentations. Il existe ainsi des sociétés (les Lobi du Burkina Faso) où la fin des menstruations marque l’accession des femmes à un pouvoir accru et à de nouvelles possibilités, d’autres (le Japon traditionnel) où elle n’est l’objet d’aucune attention ni rituel particuliers, alors que, dans la France contemporaine, terrain d’étude de la sociologue, elle est au contraire au centre d’un réseau serré d’acteurs et de discours qui met en lumière un désir profond de contrôle du corps de la femme.

Le livre en deux parties repose, d’une part, sur un important corpus d’ouvrages de médecine et des sources médiatiques qui en relaient le contenu, et, d’autre part, sur des entrevues menées avec une trentaine de femmes de quarante-cinq à soixante-dix ans issues de divers milieux sociaux.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 331 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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