Dans la forêt

La forêt est un paysage politique

À Amanalco, au Mexique, la gestion collective des forêts devient le lieu d’une résistance face aux impératifs du néolibéralisme.

Gérer collectivement les ressources naturelles d’un territoire, voilà qui semble relever de l’utopie. C’est pourtant la réalité de plus de 30 000 communautés paysannes et autochtones en plein cœur de l’Amérique. Dans cet océan de néolibéralisme, où la propriété privée règne en maître et où les politiques encouragent la privatisation de la nature pour la conserver, le Mexique se démarque. Il possède en effet l’une des plus grandes forêts sous administration communautaire active au monde. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, entre 60 et 70% des forêts du pays sont officiellement entre les mains de «noyaux agraires», d’ejidos (collectivités) ou de communautés autochtones (comunidades indígenas), responsables du maintien, de l’exploitation et de la conservation d’environ 105 millions d’hectares forestiers. Ce type de gestion des forêts passe par des institutions démocratiques et locales, dans le respect des traditions et des usages propres aux communautés et avec la participation directe des paysans.

J’ai eu la chance de connaître de près ces modèles d’organisation construits à partir du principe des communs forestiers lors de mon séjour à Amanalco, dans l’État de Mexico. J’y suis allée à l’été 2019 pour réaliser mon terrain de recherche doctorale, qui portait sur l’application, au niveau communautaire, de politiques économiques de conservation en agriculture et en foresterie. Les récits et les expériences que j’y ai alors recueillis donnent à voir ces forêts collectives comme un paysage politique: des lieux de résistance face aux pressions néolibérales, qui peuvent être une source d’inspiration pour la gestion communautaire et environnementale. À Amanalco, ces forêts ne sont pas seulement la grande fierté de la population locale, elles représentent un moteur de développement qui permet à la fois la sauvegarde de l’environnement et celle des vingt communautés paysannes et autochtones de cette municipalité.

De Zapata à aujourd’hui

Nous sommes à Agua Bendita, un des vingt ejidos d’Amanalco. C’est mon premier entretien, et j’espère m’être rendue au bon endroit. Le représentant de l’ejido m’attend au centre communautaire. De l’autre côté de la rue, à travers la brume d’une pluie typique de ces montagnes tempérées, je remarque le buste d’un homme, en veston et cravate noire, au-dessus des bureaux des ingénieurs forestiers. «C’est le bureau de l’assistance technique pour notre Unión de Ejidos Emiliano Zapata», me dit fièrement Santiago, représentant de l’ejido impliqué dans ledit syndicat des communautés forestières. Devant mon air surpris, il ajoute: «Vous savez qui est Zapata, n’est-ce pas? En fait, c’est grâce à lui que nous sommes ici.»

Alejandra Zaga Mendez est doctorante en développement durable, à la Chaire de recherche du Canada en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 331 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!