Du discours indirect libre

Deux Canadien·nes français·es s’évertuent à détourner les pouvoirs, à délégitimer toutes les prises de parole – la leur en premier.

Aucune discipline n’est à l’abri de voir certaines œuvres de son canon soudainement prises à partie. Leur enseignement, leur contenu, leur promotion même devient lieu de combat. Or, il est tout aussi curieux que révélateur qu’un des domaines autour desquels ces querelles se cristallisent soit la littérature. Nous aimons ces flammèches qui jaillissent lorsqu’on confronte une œuvre littéraire à une idéologie. Nous tirons une joie fantasque lorsqu’un·e auteur·trice, voire une fille maigre comme Anne Hébert, est couvert·e d’opprobre pour avoir utilisé un mot des siècles passés. La même joie nous habite lorsqu’en plein mois de novembre, la seule nouvelle qui fait les manchettes est une liste des lectures médiocres de notre soporifique premier ministre. Nos camarades choisissent de s’en prendre non pas à l’homme politique qui candidement cite un nationaliste blanc, encore moins à ce sinistre diplômé de l’UQAM, mais bien à l’Association des libraires qui publie ladite liste. Nous jubilons!

Nous tombons sous le charme de la politique du tout ou rien: nous éprouvons de l’admiration pour les gens qui collectionnent leurs ennemis. N’empêche, plutôt qu’encourager ces guerres de clochers, nous préférons aujourd’hui faire feu de tout bois et nous dissocier de toutes les positions, au risque d’être associé·es à des wokes ou des boomers, voire avec Lucien Bouchard, qui voit dans la remise en question du canon une incarnation de l’infâme paresse québécoise.

Ces tempêtes dans des verres d’eau, nous les nommons scandales du discours indirect libre. Pour celleux dont les séminaires en narratologie ne sont plus très frais (ou, pire, qui auraient opté pour la sémiologie plutôt que les études littéraires), rappelons que l’indirect libre désigne un discours dont on ne sait pas s’il est attribuable à la narration ou à un personnage. Or il semble que le problème central à tous ces tourbillons réside précisément dans une difficulté collective à départager les différents ordres discursifs.

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