Critique – Cinéma

Jamaïque, mère patrie

«Ce film est un miroir dans lequel se reflètent la Jamaïque d’hier et celle d’aujourd’hui.» C’est dans ces mots que Khalik Allah décrit Black Mother lors d’un entretien, à la suite de la projection du film au MoMA en avril 2018. «Je tenais à ce que tout y soit. Je ne me suis détourné de rien. Je voulais que ce soit vrai. Qu’il y ait le bon, le mauvais, le neutre. Tout.»

Photographe et cinéaste, Khalik Allah est mieux connu du grand public pour son travail sur le fameux Lemonade, de Beyoncé, dont il a signé les images. Voilà qui, d’emblée, ne correspond pas à l’idée que l’on se fait habituellement du documentariste et de son travail. Il y a chez Allah une fougue, une audace, un désir affirmé d’en mettre plein la vue qui va de pair avec un certain sens du spectacle. Il a débuté, après tout, en empruntant l’appareil de son père pour aller photographier les membres du Wu-Tang Clan. Allah, pourtant, ne cède jamais à la tentation du clip. Cette extravagance qu’il affiche ne va pas à l’encontre d’une démarche plus posée et contemplative. IWOW: I Walk on Water, son plus récent long métrage, dure près de deux cents minutes.

Son film précédent, Black Mother, est une œuvre polyphonique se situant quelque part entre le portrait documentaire et le parcours mystique. Il s’agit d’un objet quelque peu difficile à cerner, dont la forme unique rappelle à la fois les fictions transcendantales de Terrence Malick et la tradition du photoreportage dont Allah est lui-même issu. Si le cinéaste américain se défend en entrevue d’avoir réalisé un film «expérimental», c’est que sa démarche est portée par une vision précise du but à atteindre plutôt qu’une volonté exploratoire plus incertaine. Il n’en demeure pas moins que le résultat final possède en surface les attributs esthétiques d’un certain cinéma expérimental: cohabitation de divers formats, décalage marqué entre la bande-son et l’image, montage «ouvert» autorisant les interprétations multiples.

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