Critique – Scènes

J’ai co-créé le FIAP Martinique, et je m’ensargasse!

Chorégraphe, danseuse et performeuse, la Martiniquaise Annabel Guérédrat fait le choix politique et artistique de vivre et de travailler en «zone caraïbe». Au sein de sa compagnie ARTINCIDENCE, elle mène des créations, des performances, des activités de médiation et d’intervention sociale mues par une même quête – spirituelle, décoloniale, émancipatrice – et portées par des valeurs communes inclusives. Ses chantiers de recherche artistique s’inspirent de figures féminines fortes telles que la danseuse et chorégraphe américaine Anna Halprin, qu’elle a rencontrée quelques fois, ou la danseuse burlesque berlinoise Valeska Gert, icône des années 1920. Depuis 2012, Annabel Guérédrat poursuit un chantier autour du féminisme noir avec les performeuses Ghyslaine Gau et Ana Pi, qui mènera cette année à un nouvel opus. Sa précédente pièce, I’m a Bruja (2018), poétique et frondeuse, emprunte autant aux codes de la performance que du spectacle vivant, faisant du plateau de théâtre un lieu de rituel, de libération et de souveraineté du corps féminin, nu, impudique, flamboyant.

La démarche de cette artiste afroféministe et écologiste se développe et rayonne au sein du festival qu’elle a créé avec son compagnon, Henri Tauliaut. Liberté s’est intéressé tout particulièrement à cet événement bisannuel consacré à la performance, pratique encore jeune en Martinique, mais dont les émanations contemporaines trouvent abondamment à se nourrir du territoire et des cultures locales.

Quoi de plus osé que de créer un festival international d’art performance en Martinique? Est-ce en soi un acte performatif? Oui. Je suis performeuse-chorégraphe. Henri Tauliaut est plasticien. Ensemble, nous avons créé le FIAP Martinique, Festival international d’art performance en Martinique, chez nous. Ce festival est né du bel enthousiasme que nous avions ressenti au retour de New York, Brooklyn, où nous avions été invités par le Grace Exhibition Space, dirigé par Jill McDermid et Erik Hokanson. Jill et Hoke, qui sont à la fois un couple d’artistes et de commissaires, nous ont «adoptés» dans leur communauté de performeurs. Nous faisions partie de leur grande famille d’artistes. Et nous avons été très bien accueillis. Pour les remercier, aussi, de nous avoir transmis cet enthousiasme concentré de folie et de vitamine C, quand nous sommes rentrés en Martinique, nous nous sommes lancé un défi: pourquoi ne pas créer, nous aussi, un festival international d’art performance et inviter tous nos nouveaux amis new-yorkais pour cette première édition?

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