Hommage

Gilou, frère libraire, ami volcan

En 2018 fermait à Fort-de-France la Librairie Alexandre. Son propriétaire, Gilles Alexandre, en avait fait la terre d’accueil de toute la littérature caribéenne. Rodney Saint-Éloi lui rend hommage.

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C’est comme ça que l’on s’appelle sur l’île, frère, et puis frère volcan. Pas n’importe quel frère, celui qui porte sur ses épaules le volcan. Celui qui annonce la tempête. Celui qui déborde. À côté des hommes d’airain, les femmes portent l’autre moitié du ciel. Les femmes, elles sont au mitan de chaque geste et donnent le feu pour la route. Mon cher ami libraire, mon vieux frère, c’est à toi que je conte ces petits contes en plein jour. Tu me pardonneras de ne pas attendre la nuit et la clameur des étoiles.

Frère volcan, effusif, explosif. Nos soleils sont tous mélangés, comme nos joies, comme nos peines. Le volcan, à chaque instant de nos vies, se manifeste. Qu’il coule en lave de tendresse et d’amitiés. Qu’il nous entoure de ses grands bras de mer, érigeant rien qu’avec le bleu de l’océan un monde recommencé dans les promesses de l’aube, pour répéter sans jamais s’épuiser le chant de la terre, tous les matins, au bout du petit matin, recommencer le même soleil, la même terre, la même sève, les mêmes roulements de tambour pour convoquer le jour, et les mêmes signes de croix quand surgissent jésus-marie-joseph les ouragans, toutes ces cohortes de cris lançant de grands foutres aux pieds, îles de sel, îles de pleins vents, je vis de nostalgie et je cours l’errance de mes terres. Et je vous adresse dans ma langue créole mes préceptes d’errance: Fout tonnè sa pye m manje li pa bay ou. Ah, qu’est-ce que j’ai mangé sans avoir cassé un morceau pour partager avec vous. Je marche ainsi d’une île à l’autre, amarrant mes cheveux aux anses à piments.

Je voudrais, dans ma causette, dire à haute voix, en chantant avec mes rêves du plus profond de mes poches, que tout être humain est une île qui marche, de fleuve en fleuve, de colline en colline.

J’entends la voix des tambours enfler les vagues.
L’histoire a commencé sur les plantations dans le tocsin des lambis.
L’histoire recommence toujours sur ces terres éparpillées.

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