À force de se nourrir de racines…

La journaliste et traductrice Véronique Dassas observe l’Italie, où elle vit, et renvoie à Montréal, où elle a longtemps vécu, un écho à la fois personnel et politique.

Et la mer à la ronde roule son bruit de crânes sur les grèves…

— Saint-John Perse, $1

… L’essentiel d’un livre est le lien qu’il établit entre les âmes.

— Rabbi Nahman de Bratslav

La Caraïbe, ça t’inspire?

Je ne sais pas, mais c’est un joli nom.

L’exotisme de toute provenance me donne de l’urticaire, mais j’aime les histoires de pirates, le calypso, le reggae par procuration, et, surtout, la peau ambrée des enfants de mon enfant, amateur de métissage.

Mais Trinidad, patrie de leur mère, c’est bien dans les Caraïbes au moins?

Pathétique d’être à ce point nulle en géographie.

La Caraïbe, ça t’inspire?

Je ne sais pas, mais je vais y réfléchir.

Alors, il a bien fallu ouvrir un atlas.

Et remettre les îles et les idées en place.

Comprendre pourquoi la Colombie de García Márquez peut faire partie de l’univers caribéen, et me souvenir que la première fois que j’entendis parler de la Caraïbe, avec ce singulier qui me semblait si singulier, ce fut dans Cent ans de solitude, à une époque où déjà je naviguais à vue. Voir que Trinidad est à quelques encablures de la côte du Venezuela, ce qui justifie sans doute encore que, dans mon esprit désorienté, la Caraïbe parle surtout espagnol. Que la Cuba du Che, patrie de mes illusions et désillusions lyriques, jouxte Haïti, patrie de René Depestre et d’Émile Ollivier, qui, eux, ne m’ont jamais déçue. Que Puerto Rico et le rêve américain des personnages de West Side Story ne sont pas loin, comme la Jamaïque des rastas et des pirates juifs. Faire voir enfin le rapport entre Caraïbe et Antilles. Pathétique d’être aussi nulle en géographie. Mettre des noms sur les Grandes et les Petites Antilles et réaliser qu’elles ne sont vraiment pas toutes francophones.

Se demander si la Guyane et ses bagnes font partie de l’espace caribéen. Repérer l’île du Diable de Dreyfus.

Dans cet espace enfin identifié sur la carte et remis dans son archipel vécut et mourut André Schwarz-Bart, écrivain mythique pour moi, ashkénaze d’ascendance et Antillais de descendance, auteur à la fois reconnu et malheureux de deux livres immenses, Le dernier des Justes et La mulâtresse Solitude. L’un sur le destin des Juifs dans la Shoah, l’autre sur le destin des Noirs dans l’esclavage.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 330 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!