«Un peuple sans littérature et sans histoire»

Deux Canadien·nes français·es s’évertuent à détourner les pouvoirs, à délégitimer toutes les prises de parole – la leur en premier.

Il ne plaît pas à tout le monde d’entendre les obsèques de leurs héros nationaux. Récemment, certains ont confondu nos requiem avec des admonestations – pire, un mépris pour ces Canadiens français qui avant nous ont voulu laisser leur marque dans le paysage politique ou dans la culture. Pour demander pardon à ces ardents défenseurs du passé colonial français en Amérique, nous proposons d’ouvrir cette nouvelle chronique sur l’apport discutable des Britanniques à ce qui constitue aujourd’hui le Canada. Autrement dit, nos visées sont égalitaires. Nous aurions voulu éviter d’asséner plus de 49,42% des coups au Canada français. Simplement, nous sommes de celleux qui pensent que «ce n’est pas parce qu’on a souffert qu’on a raison», comme le dit Dany Laferrière. Nous ne pourrons donc pas nous empêcher, en chemin, de montrer du doigt les maladresses commises par tous les apprentis révolutionnaires qui jonchent les pages de notre histoire. Nous avons commencé, dans la précédente livraison de cette chronique, à mettre au jour l’influence malheureuse qu’a notre littérature anémiante sur le comportement politique des Québécois. Nous continuerons ici, comme il devient notre habitude, de poser les diagnostics, puis de laisser les malades partir sans prescription.


Vous pensez sans doute qu’assez de choses ont été écrites sur le rapport Durham. Près de deux siècles après son dépôt, il serait temps de passer à un autre appel – d’autant que la tradition politique de tabletter toute recommandation gênante ne date pas d’hier. Le Rapport sur les affaires de l’Amérique du Nord britannique ne devrait pas faire exception. Il serait donc plus sage de ne pas faire couler plus d’encre sur ce sujet. Reste que nous ne pouvons nous empêcher d’ajouter notre grain de sel (et un peu de vinaigre), ne serait-ce que, pour une fois, regarder du côté du Haut-Canada plutôt que de nous regarder nous-mêmes.

Le plus grand loisir des progressistes anglophones (aujourd’hui comme hier) est de taper sur les francophones: «la langue, les lois et le caractère du continent nord-américain sont anglais, écrivait Durham, toute autre race que la race anglaise y apparaît dans un état d’infériorité. C’est pour les tirer de cette infériorité que je veux donner aux Canadiens notre caractère anglais.» Nous sommes incultes, rétrogrades, en proie à une crispation identitaire, etc. Le bon goût retient les élites anglaises de terminer leur énumération, mais on devine leur soupçon: le Canada français a une tare congénitale. La triste vérité, c’est que personne ne prend autant plaisir que nous-mêmes à nourrir ces fantasmes: observons les circonstances qui ont précédé le fameux rapport.

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