Critique – Littérature

Les valeurs québécoises

Les gens n’en pouvaient plus. La peur de la maladie, le confinement, le stress financier et familial les avaient mis à cran. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai pensé aux dernières élections fédérales, et plus particulièrement à ce qu’avaient dit les chefs des différents partis à propos du Québec, où la pandémie sévissait à présent de façon si virulente. «Le Québec, c’est nous», avait clamé le Bloc sur ses affiches. Malgré sa défaite, Andrew Scheer avait quant à lui prétendu que «les valeurs des Québécois [étaient] celles des conservateurs», avant d’énumérer la liberté d’expression, la réduction de la taille de l’État et les baisses d’impôts comme preuves de ce qu’il avançait. «Les Québécois et Québécoises peuvent compter sur nous pour défendre les valeurs du Québec», avait-il même ajouté, en manière de promesse ou de menace, je ne savais plus. Jagmeet Singh, lui, avait résumé sa campagne au Québec en rappelant – en français –, que «[c]e premier rendez-vous électoral nous a[vait] permis de mieux nous connaître. J’ai eu la chance de vous démontrer que nous partageons les mêmes valeurs». Enfin, Justin Trudeau n’était pas en reste, qui soutenait «avoir entendu le message des Québécois, qui veulent […] continuer d’avancer avec les libéraux, mais aussi s’assurer que la voix du Québec porte encore plus à Ottawa». Personne n’avait tout à fait raison, mais personne n’avait entièrement tort non plus; tout était possible et je passais mes soirées à faire défiler des nouvelles et des opinions.

Depuis longtemps, je n’entendais plus le monde qu’à travers ses discours, ses mots d’ordre; maintenant, il n’y avait plus que ça, des paroles, du bruit. Nos écrans en étaient rayés. Certains énoncés étaient recopiés, d’autres partiellement détournés de leur sens, d’autres encore tournés en dérision, effacés. Puis nous nous sommes indignés de la mort de George Floyd, et des listes d’agresseurs ont commencé à circuler. Il aurait fallu pouvoir se déconnecter, déclarer une cancel culture de la violence, de toutes les violences.

Objets de langage, les romans que j’aime ne se détournent pas du monde. Au contraire, ils trouvent dans les mots qu’il profère leur motif dramatique – ce qui fait avancer leur intrigue, voire justifie leur existence. Tous les deux parus dans «le monde d’avant», L’apparition du chevreuil, d’Élise Turcotte, et Les manifestations, de Patrick Nicol, sont de ceux-là.

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