Critique – Cinéma

Parce que c’était elle

Frances Ha, ou la beauté des maladresses.

À quoi tient-on, chez une meilleure amie? Aux souvenirs de jeunesse communs? À l’espoir de ce que l’avenir promet? La meilleure amie est-elle ce trait d’union rêvé entre les différents âges de la vie? Le dernier film de Noah Baumbach, Frances Ha, a quelque chose d’atemporel qui a à voir avec l’amitié privilégiée qu’on porte à ce double imaginé de soi-même, qui est la meilleure personne que l’on ait été et celle qu’on espère rester dans le temps. Tourné en noir et blanc, à la fois contemporain et vintage, le film est habité par de jeunes artistes de New York, une faune qui rappelle l’univers des «amies de filles» de Lena Dunham. Mais Frances Ha, co-scénarisé avec Greta Gerwig qui y joue le rôle principal, est moins à l’image des girls qu’à l’image de Frances, son héroïne qui n’en est pas une: c’est un film qui ne s’installe pas.

Encensé par la critique, Frances Ha, comme celle qui lui donne son nom, est un film-drifter. Œuvre de sobriété esthétique et budgétaire, sa facture donne à l’image la précision et la délicatesse des humeurs que Baumbach cherche à montrer, des moments quasi imperceptibles de trouble, de malaise, signifiés par les mouvements des visages et des corps. À la manière de Greta Gerwig qui se déplace sans cesse, courant, sautant et dansant, se prenant les pieds de façon littérale ou figurée, le film avance dans ce qui ressemble à de l’approximation. Par l’intermédiaire d’une esthétique précise et contrôlée, Baumbach investit la maladresse, quelque chose qui rappelle les corps trop grands d’adolescents en manque de coordination.

L’histoire de Frances est cousue de ratages, à l’image de ce voyage à Paris entrepris sur un coup de tête après la rencontre, lors d’une soirée, d’un couple prêt à lui prêter un appartement. Voyage de deux jours seulement, question de ne pas rater un rendez-vous (au lieu de le déplacer pour rester à Paris plus longtemps) dont elle espère qu’il signera son embauche comme danseuse dans une compagnie (alors qu’on lui proposera un poste de réceptionniste), rendez-vous qui passe à la trappe du décalage. Frances dormira et finira par ne voir la Ville lumière que pendant quelques heures, arrivant trop tard pour assister à une représentation du Chat botté. Elle ratera, aussi, parce qu’elle n’est pas à New York, la fête qui doit souligner le départ pour le Japon de sa grande amie Sophie. Frances n’est jamais là où elle devrait être, d’où l’importance des adresses qui titrent les différents segments du film. On suit ses pérégrinations à travers New York, le film dansant-sautant comme elle d’un lieu à un autre sans jamais vraiment se poser. Sauf, peut-être, quand il est question de Sophie.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 303 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!