Entretien

Catherine Blondeau

Un théâtre de la relation

À quoi un vrai théâtre public pourrait-il ressembler si nos institutions, dotées généreusement, se mettaient au service d’un programme culturel plus ample? Catherine Blondeau, directrice du Grand T à Nantes, nous présente la vision qu’elle déploie au sein de cet impressionnant théâtre de Loire-Atlantique, avec son équipe permanente de quarante-cinq personnes. Au menu: une cinquantaine de spectacles à l’affiche chaque année (cent mille billets vendus!), un travail approfondi d’éducation artistique et culturelle, et une multitude d’actions communautaires et sociales.

Catherine Blondeau a un parcours professionnel étonnant, qui permet peut-être de mieux saisir l’étendue de sa vision. Du milieu universitaire à la diplomatie culturelle, elle a notamment été directrice de l’Institut français d’Afrique du Sud à Johannesburg et attachée culturelle en Pologne, avant de travailler comme conseillère artistique dans un théâtre. L’an dernier, l’éditeur montréalais Mémoire d’encrier faisait paraître Débutants, son premier roman, d’une grande justesse et d’une envergure de pensée qui témoigne de cette expérience plurielle d’un monde en lutte contre les étiquettes. Le livre a été finaliste au Prix des libraires français.

Inspiré par la pensée et la poésie d’Édouard Glissant, le projet artistique du Grand T, «Pour un théâtre de la relation», ambitionne de faire du théâtre une ressource collective. Sortir de l’entre-soi pour partager ce lieu d’utopies en faisant le pari d’aller vers les citoyen·nes, là où la rencontre peut opérer sans rapports de force intimidants. La notion de divers, ou de diversité, y est entendue au sens philosophique. À la suite de Glissant, Catherine Blondeau suggère en effet d’appréhender le divers comme mouvement. «Point de catégories, mais des passages; point d’affrontement, mais des frottements; point d’obsession des origines, mais une fabrique des horizons; point d’identité racine, mais des “relations”». Concrètement, c’est à une pensée à la fois fluide et complexe que nous convient la directrice et son équipe, en faisant place à un théâtre d’où émanent une multiplicité de récits, où se croisent des citoyen·nes de tous âges. Le Grand T soigne méticuleusement les conditions de la rencontre. Des scènes artistiques aux scènes intellectuelles et sociales, la participation prend toutes les formes possibles, démythifiant la place réservée aux artistes, libérant également de l’espace pour que ces dernier·ères renouent autrement avec leurs responsabilités artistiques et sociales.

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