L’oublié du carré Saint-Louis

La bibliothèque de Robert Lévesque, c’est bien connu, est infinie – et nous trouvons plaisir à l’inviter, chaque numéro, à en déballer une petite part.

Lundi gris du mois d’août, silence d’avant-midi, ma lampe est allumée sur le bureau où je devrais écrire une chronique et où je n’arrive pas à démarrer, à m’y mettre alors que la tombée approche, étant fort enclin à terminer la lecture d’un ouvrage remarquable qui, depuis trois jours, me tient en haleine comme s’il s’agissait d’un roman d’aventures, un Kessel par exemple (vu son entrée dans La Pléiade, j’en ai lu douze cet été), alors que c’est tout autre chose qu’un roman, c’est le nouvel essai littéraire d’un écrivain méconnu que j’aime, il est né en 1959 au lieu-dit «Le Faou» dans le Finistère, Philippe Le Guillou…

Ce livre me retient comme si, en le lisant, j’étais le commissaire Maigret dans les rues mouillées de Paris à la recherche d’un improbable coupable, c’est, comme l’indique le sous-titre, le «Roman du roman», et le suspense auquel j’accroche, c’est Le Guillou qui raconte l’histoire du roman français à sa manière, prégnante, aimante et habile, subjective, non chronologique, allant de Rabelais à Modiano, de Chrétien de Troyes à Ernaux, de Stendhal à Tournier, de Proust à Catherine Millet (je n’y ai pas encore croisé Sade), établissant une cartographie intime du genre romanesque hexagonal dans laquelle je me promène en fouineur, me demandant d’une page à l’autre (c’est un page turner, comme disent les Anglo-Saxons) qui vient, qui sera là, lequel sera le suivant, pressentant et espérant que celui-ci et celle-là seront convoqués, accueillis, plus ou moins reçus, célébrés, disséqués, mais jamais étêtés parce que Le Guillou ne joue pas de la guillotine.

Ce romancier des romanciers que se fait Le Guillou préfère ignorer que condamner un écrivain mais il est évident (j’en suis à la page 362 des 435 de texte que l’ouvrage compte quand – chronique oblige – je dois me décider à mettre de côté ce polar pour lettrés, au beau titre de Le roman inépuisable) qu’on n’y croise pas de ces faiseurs et de ces talents frelatés, qu’on n’y trouve pas les plumes à boas préférées des médias, les pertinemment oubliables Musso, Lévy, Beigbeder, Jardin, la Nothomb à chapeaux, le pégueux Éric-Emmanuel Schmitt de même que, j’en fais le pari avant de terminer ma lecture tant je connais mon Le Guillou, la sèche papesse de l’autofiction, madame Angot… Et voilà!

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