Les écrivains et le pouvoir

Dans cette toute nouvelle chronique, deux Canadien·nes français·es s’évertuent à détourner les pouvoirs, à délégitimer toutes les prises de paroles – la leur en premier.

Notre titre ne prétend pas à une quelconque neutralité grammaticale – masculine –, contraire­ment à l’utilisation qu’en faisait Aquin («L’écrivain et les pouvoirs») dans les pages de cette revue en 1971. Les derniers mois nous auront montré que le pouvoir des écrivaines n’est pas le même que celui des écrivains, et que si ces derniers (et leurs éditeurs) ont la main haute et baladeuse, ces premières se font enfin entendre et fomentent, avec confidentialité et solidarité, leur propre réponse.

La question du pouvoir «enchantait» Aquin au point de le pousser, comme d’habitude, jusqu’au «pseudo-délire». Quant à nous, plutôt que de fantasmer un monde où les écrivains détiendraient un «pouvoir totalitaire» (on reconnaît bien Aquin ici), nous n’en pouvons plus de les voir investis d’un pouvoir qui les incline, pernicieusement, à des abus de toutes sortes et leur mérite traitements de faveur et autres sauf-conduits, le silence de leurs pairs en sus. Paraître sur la tribune, recevoir des prix, être mis en vitrine: les lancements, salons et lectures publiques se sont révélés, après tout, de véritables territoires de chasse. Ainsi, si ce thème nous enflamme nous aussi, ce n’est pas pour les mêmes raisons que notre suicidé national. Si nous le plagions ici de façon éhontée, en large et en travers, au mot près (voyez le numéro 74), c’est pour nous rapprocher de l’«improductivité euphorisante» dont il rêvait pour lui et sa caste. Écrivain·es comme d’autres écrivain·es, nous délirons tant bien que mal (plus mal que bien) et nous nous évertuons à détourner les pouvoirs, à délégitimer toutes les prises de parole, la nôtre en premier.

Notre sérieux nous a toujours caractérisé·es, et cela depuis nos premières écritures. Au lieu de nous alimenter directement au sentiment national, nous avons lu faits historiques et romans du terroir par-dessus l’épaule de Gaston Miron et d’autres passeurs laurentiens. Les terres incultes ouvertes par le curé Labelle nous émeuvent autant que la revanche des berceaux. C’était, en quelque sorte, les saintes écritures de la nation! D’une saison malheureuse à l’autre, nous nous évertuons comme d’autres avant nous à prendre la main d’Eutrope Gagnon après que notre François Paradis est mort égaré dans une congère. Nous nous résignons à la victoire du Parti québécois après avoir entonné le chant familier de «bêtes sauvages de l’espoir» dans les rues de Montréal le temps d’un printemps. «La route que nous suivons», la voici: nous célébrons la défaite du même parti comme nous rions de la défaite à Saint-Eustache.

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