Critique – Littérature

La leçon

Certaines connaissances m’ont fait part d’une relative déception à la suite de leur lecture de Mélancolies identitaires. Une année à lire Mathieu Bock-Côté, de Mark Fortier, éditeur chez Lux, où est publié son livre. Je crois que ce n’est pas un hasard si la plupart d’entre elles conspuent ouvertement le personnage sur lequel cet ouvrage annonce poser son regard. Je les imagine courir en librairie pensant acheter le «Contre Mathieu Bock-Côté» qui proclamera haut et fort toutes les contradictions du susdit et en démontera tous les arguments fallacieux. Enfin! Quelqu’un a écrit tous les grommellements et toutes les exclamations fâchées qui traversent leur esprit chaque fois que leur œil se pose sur le journal dans lequel il publie ses fréquentes diatribes. Je les vois ouvrir le livre, y cherchant avidement une entreprise de démolition: thèse par thèse, livre par livre, chronique par chronique. Je les entends crier: «Delenda MBC!» dès les premières pages, comme des sénateurs romains voulant qu’on détruise Carthage à tout prix.

Les voilà rentrant chagrins de leur expédition punitive par procuration. L’ennemi a certes été piqué, il y a bien eu quelques échauffourées enthousiasmantes, mais, en fait, la campagne a pris mille détours, s’est arrêtée çà et là sans raison évidente et finalement n’a pas rasé la capitale ennemie, laissant l’adversaire toujours aussi vigoureux. Ils croyaient avoir trouvé en Mark Fortier un général dirigeant sa colonne vers l’armée adverse, ils se retrouvent plutôt avec un étrange professeur Tournesol qui se perd dans ses pensées, diverge et digresse au lieu de fondre sur sa proie. Même le principal intéressé partage leur frustration. Lorsqu’il est question de ce livre qu’il abhorre, Bock-Côté tonne qu’il n’y est même pas vraiment question de lui – une situation qu’on devine intolérable.

C’est justement cette déception commune de Bock-Côté et de ses critiques qui fait la force de l’ouvrage de Fortier. Imaginons un instant l’attaque rêvée par les beaux esprits contempteurs du tribun conservateur: des arguments à foison et une démonstration systématique de ses lacunes et de ses arguments circulaires. Contre ses références réactionnaires, on nous servirait la fine fleur de la pensée critique et le nec plus ultra du progressisme universitaire. Rêvons un peu: contre Maurice Barrès, bell hooks; contre Raymond Aron, Silvia Federici et contre le Général, Frantz Fanon! La grande leçon magistrale faite à l’étudiant médiocre qui, à la fin de la démonstration, est envoyé au coin avec son bonnet d’âne. Quelle jouissance pour les critiques vociférants!

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