Dossier

Les firmaments suspects

Petite apologie de la croyance astrologique.

Nous descendons des étoiles. Cette intuition de certaines sociétés humaines, qui se pensaient venues du ciel et destinées à lui retourner, est à présent une thèse admise par le milieu scientifique. L’astrophysique postule qu’à l’origine, l’humanité a été contenue dans le noyau dense de l’Univers, formant dans son expansion progressive les étoiles, les planètes, la Terre et ses vastes océans où roulaient les premiers souffles de vie. Nous venons du cosmos, et longtemps après l’anthropocène, nous y retournerons sous une forme métamorphosée, poursuivant le cycle sans terme de la matière.

Bien avant la naissance de l’astrologie en Mésopotamie, le sentiment de ce lien entre le ciel et la vie terrestre imprégnait l’expérience humaine. On avait observé que la Lune régissait les marées, que la voûte céleste se déplaçait au fil des saisons. L’étude des étoiles donnera naissance aux premiers calendriers égyptiens, permettant de déterminer quand il fallait semer, irriguer, cueillir; c’est en elle que les sociétés sédentaires tireront les principes clés de leur survie. Pour se situer, on reliera les astres en des formes signifiantes, des symboles: au temps des moissons, les Grecs entrevoient dans le ciel une femme cueillant consciencieusement le blé, vierge minutieuse, analytique.

L’astrologie ne distingue pas la science de la croyance, qui forment en elle une unité indissociable. À partir des phénomènes observables, elle ouvre vers le mythe. Mélange d’astronomie et de religion, elle témoigne du récit que les civilisations antiques se sont donné pour défricher le monde. Ce n’est qu’avec la modernité des Lumières que se construira l’opposition entre science et religion, qui perdure aujourd’hui, culte de la raison prétendant discriminer le vrai du faux. Mais ce que révèle l’origine de l’astrologie, c’est que la science et le mythe ont des racines – et une finalité – communes. Tous deux sont guidés par la recherche d’une explication, d’une logique au sein du chaos. Et même lorsque la science prétend à l’objectivité, elle découle d’une perspective humaine faite de déductions, de correspondances, d’hypothèses qui seront parfois réfutées, et de morale – celle-là même qui a engendré le mythe.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 328 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!