Fait divers

B Models Management

Théâtre de l’ordinaire, le fait divers met en relief une tragédie qui, en arrivant aux autres, nous permet tantôt de savourer des désirs innommables, tantôt de méditer sur le destin. Il offre l’illusion d’un ordre en agissant à la manière d’une fiction: un début, quelques protagonistes, quelques péripéties, une fin; du sens à opposer à l’absurdité de l’existence, à un monde trop complexe, qui fuit entre les doigts.

C’est par pur hasard que j’eus vent de l’histoire de Jean-Sébastien Béland. Ce que je pus en glaner par la suite dans les médias me laissa sur ma faim.

Selon l’article de Vincent Larouche, paru dans l’édition de La Presse du 18 avril 2019, Jean-Sébastien Béland, quarante-sept ans (comme moi), «est accusé d’agression sexuelle, d’exploitation sexuelle, d’obtention de services sexuels moyennant rétribution auprès de personnes de moins de dix-huit ans, de contacts sexuels sur un enfant de moins de seize ans, d’incitation à des contacts sexuels et de bris d’ordonnance relativement à ses antécédents». Deux jours plus tard, le 20 avril, le journaliste précise que, malgré sa laideur repoussante (bon, ce commentaire est de moi; la photo de La Presse, bien qu’on n’y voie que le visage de Béland, donne l’impression qu’il pèse trois cents livres, son goitre évoque le pélican), que, malgré sa laideur repoussante, donc, s’il réussit à attirer autant de jeunes femmes dans ses filets et à se faire passer pour un «entrepreneur à succès», bien que son agence n’offrît «aucun débouché sérieux», c’est qu’il a remporté en 2014 le gros lot de la loterie Gagnant à vie, alors qu’il vivait en colocation dans Hochelaga-Maisonneuve. (Cet épisode de sa vie, je l’associai, en lisant l’article, à sa jeunesse, à sa vingtaine, à cause de ce détail de la colocation.) Larouche ajoute, dans un article subséquent, soit celui du 20 octobre 2019, qu’après une première condamnation en 2019 («45 jours de prison discontinus» pour «exploitation sexuelle d’une mineure»), étant fiché comme délinquant sexuel et n’ayant plus le droit de travailler auprès de jeunes de moins de seize ans, il changea le nom de son entreprise B Models Management en Diversity Models Management.

Jean-Sébastien Béland savait l’art de la fuite: il donnait de fausses adresses, changeait constamment sa signature, modifiait l’orthographe de son prénom ou disait s’appeler Sébastien, ce genre de chose. Eussé-je souhaité le retrouver avant la publication de ses méfaits, ses talents de prestidigitateur m’en eussent certainement empêché. Je pensai au Talented Mr. Ripley de Highsmith, aux Jolies choses de Despentes, à North by Northwest – bien que dans ce dernier cas, Roger Thornhill ne souhaite pas changer d’identité, on le confond plutôt avec un autre, George Kaplan, qui n’existe pas. Évidemment, dans cette galerie de personnages, Jean-Sébastien Béland ferait figure d’enchanteur de foire agricole, de sous-verge de Humbert Humbert.

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