Essai libre

Quand l’Algérie se soulève

Février 2019: la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat présidentiel enflamme l’Algérie. Dégoûté par le simulacre de démocratie et la confiscation des revenus du pays par une clique de militaires, le peuple algérien, mené par une jeunesse inébranlable, prend la rue. Un soulèvement qui a surpris par son ampleur, sa détermination et son message d’espoir.

Plusieurs mois avant le début du soulèvement du 22 février 2019, des images inhabituelles en provenance d’Algérie ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Ces images, souvent de courtes vidéos, montraient des initiatives populaires autonomes à travers le pays. On pouvait y voir des citoyens affairés à nettoyer les rues de leurs villages, à assainir des plages souillées; d’autres s’occupaient à ravaler les façades décrépites de leurs immeubles ou à embellir des escaliers publics sordides de fresques aux couleurs éclatantes. Des dizaines d’œuvres de toute nature dûment filmées ou photographiées sont encore régulièrement publiées sur Facebook, partagées sur WhatsApp et Twitter.

Pour moi qui vis à des milliers de kilomètres, ce phénomène spontané, ces actions expriment la nécessité de transformer ce pays abandonné par l’administration défaillante d’un régime qui n’a que mépris pour les Algériens. Il y a dans ces actions un désir de se laver d’une souillure imposée par le régime. Ces initiatives simples sont le constat implacable de l’incurie du système et une puissante revendication de dignité, un appel politique au respect du peuple, qui cherche à sortir d’une réalité où la dégradation de l’environnement, la corruption et la prédation ont atteint des niveaux insupportables. Les Algériens signifient aux dirigeants qu’ils ne comptent plus que sur eux-mêmes, reléguant l’administration et le gouvernement inopérants au rayon des objets inutiles.

Depuis longtemps, l’Algérie «officielle» est en léthargie. Les rarissimes apparitions d’Abdelaziz Bouteflika, mis au pouvoir par l’armée en 1999, visiblement très préparées, suscitent la compassion plutôt que la colère. Le pays vit dans un temps suspendu, entre spasme et coma, à l’image du chef d’État absent, mutique et quasiment invisible depuis mai 2013, à la suite d’un accident cérébral. Ces tristes exhibitions d’un homme très diminué sont vécues par le peuple comme autant d’injures, de coups portés à sa dignité. La population, dont plus de la moitié a moins de trente ans, ne connaît du régime que sa capacité de nuisance et une façade présidentielle suintant l’impotence, la mascarade. Dans ce contexte, la décision d’Abdelaziz Bouteflika, en février 2019, de se présenter à un cinquième mandat a été la goutte qui a fait déborder le vase, l’humiliation était trop grande.

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