Critique – Essai

Orange brûlé

Cinquante ans plus tard, l’héritage de Parti pris en trois livres et une couleur.

Trois mois après tout le monde, suivant la vitesse d’une caravelle, j’aborde ici un thème important de l’automne intellectuel québécois. Vous vous en souvenez: on a célébré le cinquantenaire du premier numéro de la revue Parti pris. Ce fut l’occasion de la lire et d’arrêter de faire semblant qu’on l’avait étudiée Dieu sait où. Déjà, avant que la BAnQ ne la mette en ligne dans son site internet, c’était la croix et la bannière pour retrouver et consulter tous ses numéros, parus entre 1963 et 1968.

Plusieurs, dont je suis, sont demeurés pantois comme une ministre libérale devant la qualité de ces numéros publiés avec la «régularité d’un périodique suisse», comme le disait Gérard Pelletier, pour se moquer. Parce que les maisons d’édition pensent à nous, elles ont voulu nous aider à poursuivre l’expérience. Trois d’entre elles ont saisi la balle au bond. Lux Éditeur a fait paraître Parti pris. Une anthologie, préparée par Jacques Pelletier. Les Presses de l’Université de Montréal ont décidé de remettre sur le marché l’étude de Lise Gauvin, Parti pris littéraire, parue initialement en 1975, tandis que Nota bene a repris celle de Robert Major, Parti pris. Idéologies et littérature, publiée en 1979 chez Hurtubise hmh. Ces études sont bienvenues. Outre sa Sainte Trinité (laïcité, indépendance et socialisme), son intérêt pour le joual et les noms de ses principaux animateurs (Chamberland, Major, Godin, Maheu et Piotte), que sait-on vraiment de Parti pris ? Ceux qui ont aujourd’hui vingt ans et qui se révoltent contre les injustices de leur société (il y en a au moins deux ou trois) peuvent-ils y trouver de quoi boire? Ces trois ouvrages ont-ils permis de faire un pas dans cette direction? À faire en sorte que 1963 soit également 2012 ou 2013, brisant toutes les lignes du temps? L’objectif: qu’enfin on puisse être des contemporains des luttes d’hier qui n’ont jamais vraiment été gagnées. J’aime bien ce qu’écrivait le philosophe Michael Löwy dans son étude consacrée aux «Thèses sur le concept d’histoire» de Walter Benjamin, il faut que «le présent éclaire le passé, et que le passé éclairé devienne une force au présent».

Vous l’aurez deviné, ce n’est pas exactement ce qui est arrivé. On a d’abord vu un présent taraudé par un passé qui se prend pour le présent. En effet, les Presses de l’Université de Montréal ont décidé de faire paraître un fac-similé de l’étude de Lise Gauvin. La page couverture, la mise en page, le texte, rien n’a changé depuis cette époque. Le vintage, parfois, ça peut se comprendre. Par exemple, il est fort agréable de relire le recueil Deux sangs de Gaston Miron et d’Olivier Marchand, qu’on a reproduit à l’identique pour le soixantième anniversaire de sa parution et des Éditions de l’Hexagone. À le lire, on se sent presque comme un ami du jeune Gilles Carle. Mais dans le cas de Parti pris littéraire, quelle est la pertinence d’une telle opération de reproduction?

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