Critique – Cinéma

Le Québec aux ti-culs

Une période difficile que l’adolescence. L’adolescent se cherche, se définit et tente de faire des choix dans un environnement qui lui dicte souvent quoi faire, qui être. Il avance forcément à tâtons, suivant l’évolution naturelle d’un corps dont on lui parle d’ailleurs sans cesse. Le cheminement spirituel et intellectuel de l’adolescent, cependant, est passé sous silence, alors que c’est cette dimension psychologique qui, justement, suscite l’intérêt a posteriori. La popularité du récit de coming of age en témoigne. Au Québec, un échantillonnage filmique récent de ce genre cinématographique, rassemblant Prank, Mad Dog Labine, Une colonie et À l’ouest de Pluton, permet de dégager certains éléments communs aux récits initiatiques.

La banlieue et son absence de danger

Lorsqu’on pense aux représentations de la banlieue au cinéma, on s’imagine tout de suite quatre jeunes à vélo en route vers une aventure incroyable: ils repousseront une invasion extraterrestre, découvriront un cadavre au bord d’une rivière ou un trésor de pirate enfoui. Les aventures et les dangers servent généralement de prétexte pour faire grandir les personnages adolescents et leur faire vivre des expériences; c’est l’illustration, comme le veut la formule consacrée, du fameux «passage à l’âge adulte». La réalité québécoise de la banlieue, du moins telle qu’on la représente au cinéma, n’a cependant rien d’exaltant. Les adolescents de banlieue mis en scène dans les films considérés ici semblent plutôt isolés et peu stimulés. Ils doivent s’inventer des distractions, une quête, quitte à jouer les fauteurs de trouble, sans égard aux conséquences. La morosité du quotidien transforme les non-événements en événements, et la sécurité dont jouissent les personnages stimule leur audace, leur témérité. Cela dit, leur relatif confort les empêche de se mettre réellement en danger, ce qui limite les apprentissages qu’ils tirent de leurs mésaventures.

Dans Prank, le trio auquel se joint le protagoniste afin de former un quatuor boiteux est le plus symptomatique de cette réalité: on nous présente des jeunes qui s’occupent en faisant sans cesse des mauvais coups immatures et crasses, dont on souligne habilement l’insignifiance, sans pour autant verser dans le mépris envers les personnages. On remarque que ceux-ci sont constamment à l’extérieur. Ils sillonnent les parcs, arpentent des terrains vagues ou squattent des courts de tennis, des stationnements, des ponts, etc. Ils occupent des endroits «vides», et le petit groupe s’en prend à tous ceux qui croisent son chemin, quand ce n’est pas à ses propres membres. Peut-être s’agit-il d’une façon de démontrer qu’un monde sécuritaire est aussi un monde ennuyant, dépourvu de tension dramatique, dans lequel il faut provoquer soi-même les événements, en s’attaquant gratuitement aux autres.

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