Critique – Littérature

Ce que je dois à la ratoureuse beauté

L’Oie de Cravan faisait paraître cet automne une fort belle sélection de poèmes de Michel Garneau. Pour en arriver à cette collection, minutieusement constituée par le poète et dramaturge, il a forcément fallu choisir parmi d’innombrables textes écrits au cours d’une carrière longue de soixante ans. C’est sans doute par instinct que se sont alignés ces poèmes, passant sans fracas du souvenir d’enfance aux grands vertiges de l’âme, et c’est avec plaisir j’ai suivi ce parcours étonnant.

choix de poèmes (pas trop longs) est un de ces livres que j’ai envie de laisser traîner longtemps dans mon environnement, loin des étagères mortifères de la bibliothèque. La tentation de retourner flâner entre ses pages n’est jamais loin. C’est peut-être la grande disparité des poèmes qui confère au recueil un effet de plénitude; il semble qu’on ne finit jamais de défricher ces traces d’expériences, de passer d’une époque à une autre, d’un sentiment à un autre, et d’en peser les changements. Il y a quelque chose qui m’émeut dans la possibilité d’avoir un vif accès à ces éclats de pensée, à ces histoires très personnelles, qui sont racontées avec une indéniable force: celle de la justesse des sens. L’écriture de Garneau est marquée d’une grande sensualité, c’est-à-dire qu’elle donne habilement à voir, à goûter, et à ressentir. Il y a aussi la musicalité de la langue qui, accordée au ton familier, fait qu’à mes oreilles, ses textes sonnent comme des chansons cent fois chantées. On a l’impression que toute la vie s’y trouve, et elle y est donnée à lire avec une simplicité émouvante. C’est un livre qui partage des bribes d’expérience, et qui nous invite à user ses pages jusqu’à la reliure.

Au long du trajet, les poèmes narratifs côtoient une sorte de délire de la langue obstinée, car Garneau n’est pas qu’un simple poète du joual. Fort d’une flagrante érudition, l’enfant terrible de la poésie de l’ordinaire expose la langue populaire sous un éclairage particulier, qui la colore autant par le lyrisme que par l’humour. On y découvre une atmosphère familière, des réflexions vives, touchant autant l’élégante (ou non) banalité du quotidien et l’évocation tendre et mélancolique de l’enfance que les grandes questions comme l’amour et la mort.

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