Fait divers

Paulette dans ses beaux draps

Théâtre de l’ordinaire, le fait divers met en relief une tragédie qui, en arrivant aux autres, nous permet tantôt de savourer des désirs innommables, tantôt de méditer sur le destin. Il offre l’illusion d’un ordre en agissant d’une manière analogue à la fiction: un début, quelques protagonistes, quelques péripéties, une fin; du sens à opposer à l’absurdité de l’existence, à un monde trop complexe, qui fuit entre les doigts.

Le cas Paulette est l’un des faits divers les plus connus au Mexique – et aussi l’un de ses plus emblématiques. Il s’amorce, comme le souligne Cynthia Ramírez dans la revue Letras Libres, tel un mélodrame issu de la plus pure tradition de la telenovela mexicaine. (Je reprends d’ailleurs les titres des épisodes inventés par Ramírez.)

La disparition

Il est autour de huit heures du matin quand Erika Casimiro, une des nourrices de la famille Gebara Farah, ouvre une porte sur laquelle des lettres de bois colorées épellent «P-O-L-L-E-T». Il est l’heure de réveiller la petite, il faudra bientôt partir pour la garderie. Mais Paulette n’est pas dans son lit rose, ni dans sa chambre, ni dans l’appartement. Nous sommes le 22 mars 2010 et Paulette Gebara Farah, quatre ans, est introuvable.

Déjà, les récits divergent. Selon la version des nourrices, Erika et Martha – deux sœurs – cherchent Paulette pendant que les parents ne semblent ni surpris ni inquiétés de la disparition de leur fille: c’est sans conviction que Mauricio se met à fouiller les placards, après s’être contenté de donner des indications aux nourrices pendant un long moment. Lizette boit du café, s’allume une cigarette. Dans sa propre version, Lizette se dépeint comme une mère affolée, criant le nom de sa fille, la cherchant partout, pensant déjà au pire.

L’essentiel, tout de même, concorde. Paulette ne s’est cachée nulle part, n’a pas glissé dans la piscine, n’est pas tombée dans un ravin. Il paraît pourtant improbable que la fillette, qui souffre d’un handicap physique et de dysphasie, soit allée bien loin. Mais aucun signe d’entrée par effraction ne permet d’imaginer d’enlèvement: pas de porte ou de fenêtre forcée, l’agent de sécurité et les voisins n’ont rien vu, et les caméras de surveillance, rien enregistré. C’est la sœur de Mauricio qui appelle la police.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 327 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!

Françoise Major est autrice, traductrice et réviseuse-correctrice. Elle a vécu six ans à Mexico.