Le rivage des monstres

La journaliste et traductrice Véronique Dassas observe l’Italie, où elle vit, et renvoie à Montréal, où elle a longtemps vécu, un écho à la fois personnel et politique.

Je chante les armes et le héros qui, premier entre tous, chassé par le destin des bords de Troie, vint en Italie, aux rivages où s’élevait Lavinium. Longtemps, et sur terre et sur mer, la puissance des Dieux d’En Haut se joua de lui… et longtemps aussi la guerre l’éprouva en attendant qu’il eût fondé sa ville et transporté ses dieux dans le Latium: ce fut là l’origine de la race latine, des Albains nos pères, et, sur les hauteurs, des remparts de Rome.

— Virgile, L’Énéide, Livre premier

Dans mon imaginaire marin se déposent sans ordre les sirènes, les digues barrant le grand large, les bancs de sable avalés par la marée, la lointaine côte américaine, cap impossible mais toujours envisagé, Nantucket et les baleines de Melville; drisses, focs, taquets, écoutes et tangage, vocabulaire perdu comme le paradis; la vague mythique des surfeurs de la côte, Belharra gigantesque entre Socoa et Hendaye, fille fantasque de la houle et du vent du sud.

Viennent ensuite les souvenirs de sable, la moiteur des maillots, les scintillements, les plongeons et les éclaboussures, éclairs de plaisir éclairant l’ennui de l’enfance.

Se glissent plus tard les grands marins et pirates, d’abord inspirés en ordre d’apparition à l’écran par le capitaine Crochet, les pirates de L’île au trésor, le capitaine Hornblower, Rackham le Rouge et Lord Jim. J’en oublie, ils sont innombrables, la marée, celle du cœur, les ramène par vagues.

Je suis une fille du bord de mer.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 327 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!