Critique – Cinéma

Retour vers 1959

Otto Preminger, Anatomy of a Murder

Paul Biegler (James Stewart), un avocat «de la campagne» du Michigan, accepte de défendre un lieutenant de l’armée dans un cas complexe d’homicide: Frederick Manion (Ben Gazzara) affirme avoir tué le propriétaire de la taverne locale alors que, temporairement dément, il cherchait à venger le viol de son épouse. Réalisé par Otto Preminger d’après le roman de Robert Traver (pseudonyme de John D. Voelker), ce drame de cour a choqué le public de l’époque par son scénario audacieux, dans lequel les personnages discutent crûment de sexualité. Dans cette joute verbale, tout se gagne par la maîtrise des mots et la capacité de jouer avec les perceptions: semer des doutes, détourner l’attention… Et si la richesse du film est de créer des personnages tout en nuances qui laissent au spectateur le soin de conclure à la part de culpabilité de chacun, il renforce néanmoins un préjugé fréquent: la victime de viol est-elle réellement victime? Laura Manion (Lee Remick) est dépeinte comme une jeune femme consciente de sa beauté et au pouvoir de séduction d’apparence naïf. Lors de son réquisitoire, le procureur souligne la part de responsabilité de Laura – ses manières et ses vêtements aguichants, son amour pour la fête –, renforçant jusqu’à l’idée du consentement, voire de l’adultère flagrant. Après tout, n’est-elle pas sortie seule et n’a-t-elle pas accepté d’être raccompagnée par le tavernier? Ce type de discours, loin d’être inhabituel, persiste encore aujourd’hui.

— Catherine Lemieux Lefebvre

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 326 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!