Dossier

Un bruit sec et hargneux

Qu’est-ce qui vient après les années 1980?

Je n’ai jamais trop, trop fait confiance au concept de génération. En bonne partie à cause des notions de généralité et d’uniformité, si ce n’est de destin, qu’elle suppose, quand elle ne les impose pas. Ça ne m’a pas empêché de naître à peu près au milieu des Trente Glorieuses, ce qui n’a pas été sans incidences sur ma façon de concevoir le monde, mais aussi, et surtout, de l’éprouver. Et comme le temps, c’est la science qui le dit, n’est pas capable d’exister sans l’espace, ça s’est passé dans une banlieue de Montréal – sur la Rive-Nord si vous voulez le savoir –, ce qui a aussi amené son lot de conséquences.

Peu importe le quai, l’heure aussi, on prend toujours, comme on le sait, le train en marche. Je me suis comme ça retrouvé dans un monde où la grande balise politique, émotionnelle aussi, était la Seconde Guerre mondiale. Tous les adultes autour de moi l’avaient connue de près ou de loin. L’autre grand repère – il y en a trois –, c’était l’URSS, enfin les communistes, je me souviens encore à quel point ils étaient méchants. La dernière des balises, c’était l’avenir. Il était radieux. On n’y pouvait rien, c’était comme ça.

Grandir dans ce cadre-là m’aura surtout donné la chance – selon les jours et les humeurs, c’est une malchance – d’être éduqué pour un monde qui cesserait d’exister dès le début de ma vingtaine. Ça m’a marqué. En plus des temps présents où je baigne comme tout le monde, j’aurai donc eu le plaisir de macérer dans un autre régime, si ce n’est même deux. À la radio, quand une chanson se termine et qu’une autre commence, pour un bref moment, on entend les deux airs en même temps. Mon enfance s’est déroulée à ce moment-là.

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