Dossier

Les trois temps de l’écologie

Entre science, culture et politique, comment le Québec est devenu écolo.

Descartes disait que le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. À quelques exceptions près, la majorité de nos contemporains recyclent, compostent, évitent de gaspiller l’eau et reconnaissent l’existence d’une crise environnementale majeure, même si nous peinons à imaginer son ampleur. Malgré la présence d’une poignée de climatosceptiques, l’inertie collective et la difficulté d’opérer un virage «zéro déchet» dans nos vies, nous ne pouvons plus faire abstraction de l’environnement ni balancer nos déchets par la fenêtre du char au beau milieu de l’autoroute. L’écologie est devenue une nouvelle conscience morale, une voix intérieure qui scrute nos gestes quotidiens.

Or, c’est précisément ce «sens commun vert» qui tend à nous faire ignorer (sinon oublier) l’histoire de la pensée écologique. Il n’y a pas si longtemps, des gestes anodins comme manger bio ou délaisser sa voiture pour le vélo étaient perçus comme des comportements marginaux. Nous ne savons même plus qui sont les intellectuels, artistes ou groupes militants qui ont participé à l’émergence de la conscience environnementale et lutté jadis contre les dogmes et les pratiques établies. À part David Suzuki, Steven Guilbeault ou Hubert Reeves, les grands penseurs de l’écologie de chez nous sont inconnus de la vaste majorité des gens.

De surcroît, l’écologie étant associée au slogan «penser mondialement, agir localement», elle paraît indissociable d’une économie mondialisée et d’une humanité interconnectée. Il semble donc étrange, voire grotesque de la considérer d’un point de vue national. Si l’écologie prend aujourd’hui la forme d’une préoccupation universelle, détachée de tout enracinement géographique ou culturel, elle a pourtant pris diverses formes dans le devenir historique des sociétés. Je ne propose pas ici une genèse complète de la conscience écologique québécoise, ni un récit des grandes luttes menées au Québec depuis cinq décennies. En toute humilité, je ferai plutôt un bref survol des figures marquantes qui ont contribué au développement et à la diffusion des idées écologiques au Québec, en traçant la mince esquisse d’un livre qui reste à écrire.

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