Céline en cellule

La bibliothèque de Robert Lévesque, c’est bien connu, est infinie – et nous trouvons plaisir à l’inviter, chaque numéro, à en déballer une petite part.

«La même chose est arrivée à Louis Hémon avec Maria Chapdelaine – sa vie après ce livre est devenue impossible – il a fini à peu près fou sous les roues du Canada un jour de neige. Il n’osait presque pas rester dans sa ville canadienne – il était fait, repéré, détesté. J’ai songé à lui l’autre jour à regarder tomber la neige à travers les barreaux de ma cage – il n’osait presque plus demeurer dans un seul village canadien il était détesté partout, y compris de Maria Chapdelaine, il errait sans cesse.»

Celui qui délire ainsi pour avoir vu des flocons à travers les barreaux de sa cage, qui se fabrique avec l’auteur de Maria Chapdelaine un frère de malheur qui aurait été aussi traqué par la société que lui, fabulant, divaguant, lui imaginant un sort qui ne fut absolument pas le sien (Hémon, pur inconnu, est mort en Ontario heurté par un train en 1913, huit ans avant la parution de son roman chez Grasset) et feignant de croire que Maria Chapdelaine est une femme réelle, eh bien… c’est nul autre que Louis-Ferdinand Céline!

L’immense et fortiche écrivain avait fui Paris le 17 juin 1944 en prenant un train à la gare de l’Est avec sa femme, Lucette, le chat Bébert et le manuscrit du second tome de Guignol’s Band, le trio passa plus de dix mois à Sigmaringen et ils purent aller enfin au Danemark – leur destination – en mars 1945, où l’écrivain du Voyage au bout de la nuit avait, avant la guerre, pris la précaution d’enterrer son or dans le jardin d’une amie danseuse habitant Copenhague, Karen Marie Jensen, dédicataire de sa pièce de théâtre L’église.

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