Critique – Scènes

Retour vers 1959

Gratien Gélinas, Bousille et les justes

Lorsqu’il écrit, met en scène et interprète Blaise Belzile, dit Bousille, en 1959, Gratien Gélinas a déjà à son actif une impressionnante carrière théâtrale et des personnages aimés et reconnus du public. Fridolin s’est moqué de la société et Tit-Coq s’est battu contre les injustices de son temps; Bousille, lui, en sera la victime. À la comédie et au drame social s’ajoute la tragédie, qui d’ailleurs surviendra après 125 représentations, lorsque Gélinas aura l’idée de clore la pièce sur le suicide par pendaison de son personnage, rendant le scandale des Grenon impossible à cacher. C’est cette famille de tartuffes saint-titiens qui incarne les «justes» du titre, eux qui n’hésiteront pas à intimider, à violenter et à se parjurer pour parvenir à l’acquittement de leur frère meurtrier, mais surtout pour retrouver une réputation immaculée. Certains critiques de l’époque apparaissent convaincus que Gélinas «a voulu faire l’éloge de la sagesse des humbles, qui, prenant racine dans l’Évangile, est tellement plus élevée… le public se reconnaît sur scène… avec ces puissances de rachat et de résurrection que le christianisme a déposées en lui». Pourtant, dans Bousille et les justes, la religion nous est présentée comme un outil de contrôle social et intime: une spiritualité sans Dieu. Même Bousille craint Dieu. Gratien Gélinas a créé une satire de la corruption morale et religieuse d’une société où Maurice Duplessis achève son règne (il meurt vingt jours après la première). L’instigateur de la «loi du cadenas» aurait d’ailleurs été suprêmement irrité d’apprendre le succès de la pièce dans des pays où l’hypocrisie et la corruption qui y sont dépeintes faisaient résonner l’écho de celles de leur propre système défaillant: en Roumanie et en Tchécoslovaquie, au cœur des régimes communistes du bloc de l’Est. 

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