Critique – Scènes

On ne devrait plus jouer Molière

Tout dramaturge choisit, comme l’affirmait Sartre, «l’action par le dévoilement». En levant le rideau sur nos tares, le théâtre, plus que le roman, est bien un «miroir», non plus «qu’on promène sur le bord du chemin», mais qu’on fixe sur la scène, face au public. Ainsi, en se voyant – et en se voyant vu –, chacun doit-il assumer sa laideur ou, mieux encore, enjoliver ses manières.

Or, dès lors qu’on a changé son comportement, la pièce a atteint son but, et dès lors que la pièce a atteint son but, elle a perdu sa pertinence. Si l’on joue encore Molière, c’est sans doute parce que sa galerie de mono­maniaques fréquente toujours nos salons. De deux choses l’une, soit celui qui voulait «corriger nos mœurs par le rire» nous varlope trop en surface, soit les défauts qu’il déniche sont trop bien ancrés.

En montant (d’un cran) la cruauté de L’école des femmes, en en faisant crisser plus crûment la charge, Olivier Choinière voudrait vraisemblablement qu’on change une fois pour toutes et qu’on cesse de jouer Molière. Mais qu’y a-t-il d’actuel dans l’histoire de cette vieille barbe ayant fait élever au couvent une jeune fille dont l’innocence (et l’ignorance) l’assurera de sa soumission? C’est en intercalant, dans cette «grande comédie», des digressions didactiques et des chorégraphies comiques (Molière n’est-il pas l’inventeur de la comédie-ballet?), qui n’écrasent ni n’alourdissent le sujet, qu’on réussit à en actualiser le sens et à en souligner l’aspect prophétique.

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  • L’école des femmes

    Texte de Molière
    Adaptation et mise en scène
    d’Olivier Choinière
    Présenté par la promotion 2019 de l’École nationale de théâtre du Canada
    Au Monument-National
    du 16 au 20 avril