Critique – Cinéma

La voie du mal

Quatre facettes de la violence selon Jia Zhangke.

Poursuivant le travail du réalisateur à la frontière du documentaire et de la fiction, le dernier film de Jia Zhangke est une exploration magnifique des ténèbres de la Chine contemporaine. Incarné, notamment, par le visage et le corps de ses deux acteurs fétiches, Zhao Tao et Jiang Wu, A Touch of Sin dresse un portrait du pays en quatre tableaux, dont chacun suit un personnage pris dans une situation bloquée, acculé dans une impasse telle que la simple action semble incapable d’y ménager la moindre issue – qu’il s’agisse d’un village littéralement corrompu par sa mine, d’une dette insolvable, de l’abus de clients fortunés d’un «sau­na» ou d’emplois aux conditions toujours plus dégradantes. Ces tableaux sont autant de facettes d’un cristal dont l’unité émerge au sein de cette pluralité.

La cohésion du film est ainsi d’une profonde rigueur, d’autant plus impressionnante qu’elle ne repose pas sur la puissance unificatrice de la narration. Les parties s’agencent les unes aux autres avec une grande fluidité sans qu’il s’agisse des épisodes successifs d’une intrigue qui en régulerait le déploiement.

Outre la logique d’un portrait ainsi composé en plusieurs touches, la cohérence du film est thématique: ici s’exprime la part du «péché». La question de la violence offre de la sorte son fil directeur au film, à la fois indéniable et discret, structurant sans être didactique.

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