Dossier

Écrire dans l’adversité

La présence des femmes dans la vie littéraire n’est jamais acquise. Mais est-ce encore à elles de faire tout le boulot?

Ce que signifiera être un garçon ou une fille, un homme ou une femme, un mâle ou une femelle pourrait se révéler comme l’une des grandes surprises que nous réserve l’avenir.

— Marshall McLuhan (1969)

Ce que signifie être une femme en 2019 est bien différent de ce que cela signifiait en 1959: la façon même dont nous concevons le genre n’est plus la même. N’est certainement pas étrangère à cela la place grandissante des femmes dans le champ littéraire. En faisant figurer des hommes et des femmes, la littérature participe à la conceptualisation du genre – et, partant, à l’imaginaire des sexes. Les personnages livresques ne sont certes que des signes, mais ils sont révélateurs des attentes comme des projections entretenues à l’égard du genre. Jumelés à d’autres signes, ils induisent, à travers le jeu complexe des valeurs qui circulent dans les œuvres, diverses façons d’être un homme ou une femme, condamnant certains modèles, en valorisant d’autres.

À cet égard, on peut soutenir que les œuvres littéraires des femmes ont contribué à transformer l’imaginaire. Je veux ici me pencher sur cette petite histoire de leur inscription dans le champ littéraire et dans le milieu du livre québécois, où l’on verra que, dans le dialogue qu’entretient la critique avec les œuvres, se fait entendre l’écho des résistances aux avancées que les femmes dessinent.

Lorsque paraît le premier numéro de Liberté en 1959, les femmes sont plutôt rares dans le champ littéraire, qu’il s’agisse d’autrices, d’éditrices ou de critiques… À compter des années 1960, elles se feront de plus en plus nombreuses, plus précisément à compter de 1961 (Boisclair, Ouvrir la voie/x, 2004). Or, pour devenir écrivaine, il faut être instruite. De fait, c’est à la fin des années 1950 que les femmes accèdent à l’éducation supérieure en plus grand nombre:

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 325 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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Isabelle Boisclair est professeure d’études littéraires et culturelles à l’Université de Sherbrooke. Ses recherches portent sur les représentations de l’identité de sexe / genre et de la sexualité dans les textes littéraires contemporains. Elle a récemment codirigé, en collaboration avec Karine Rosso, Interpellation(s): enjeux de l’écriture au «tu» (Nota bene, 2018) et le collectif Nelly Arcan: Trajectoires fulgurantes (remue-ménage, 2017).