Critique – Cinéma

Décadence italienne

Le dernier Sorrentino participe au racolage qu’il met en scène.

Du brillant Spring Breakers d’Harmony Korine au décapant Wolf of Wall Street de Martin Scorsese, l’année 2013 aura sans contredit été celle de la décadence au grand écran. Même Michael Bay signait avec Pain & Gain une étrange satire gavée aux sté­roïdes d’une Amérique arrivée au bout d’elle-même, offrant au grand public le spectacle vulgaire et délirant d’une culture de la réussite se cannibalisant jusqu’à l’anéantissement. Il y a longtemps que le cinéma américain nous avait paru si juste, si contemporain et si cohérent dans son ensemble – cette saisissante lucidité transparaissant même dans des films pourtant indéniablement ratés tels que The Bling Ring, de Sofia Coppola.

Récipiendaire de l’Oscar du meil­leur film étranger, La grande bellezza est un peu le pendant européen de ce cinéma de l’épuisement culturel. Sauf qu’ici, le constat cinglant s’enlise dans une sorte de nostalgie racoleuse, le réalisateur Paolo Sorrentino peinant à convoquer l’esprit du Fellini des grandes années pour offrir à l’ère Berlusconi sa propre Dolce vita. Or, s’il multiplie les gestes cinématographiques soi-disant grandioses dans l’espoir d’atteindre une quelconque forme de sublime, et ce, dès cette séquence d’ouverture durant laquelle une chorale vient souligner les amples mouvements de la caméra, le film ne possède ni la grâce ni l’intelligence de ses modèles – sa mise en scène emphatique paraissant le plus souvent boursouflée bien au-delà des limites du bon goût.

Capitalisant sur l’interprétation que livre Toni Servillo, impeccable en dandy épuisé qui ne croit plus (et n’a peut-être jamais cru) en rien, le film s’avère certes séduisant. Il joue bien son rôle d’objet culturel sophistiqué, muni de bonnes références et animé par un dialogue composé de vives réparties. Mais, derrière ses airs raffinés, il étouffe de la putréfaction sous vide et de la désaffection mélancolique. Il agonise lentement, à l’image de ses personnages qui vivent dans un monde où tout semble possible – tout sauf l’espoir d’un monde qui ne soit pas crépusculaire.

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